L’entreprise et l’éco-business - Pourquoi ce n’est plus une option !

RSE Écrit par  mercredi, 06 novembre 2013 17:33 Taille de police Réduire la taille de la police Augmenter la taille de police
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Est-il encore utile de définir le cadre d’une politique RSE ?* La responsabilité des entreprises et de leurs dirigeants, au plan social et environnemental, est-elle aujourd’hui contestable ? La bonne parole du développement durable doit-elle être encore et encore diffusée ? À toutes ces questions, la réponse est incertaine. Car si les grandes entreprises y sont contraintes, nombre de PME ont toujours quelques difficultés à prendre le virage. Fresque.

Deux propos traduisent la situation. « La problématique de la RSE dans les PME est que leurs dirigeants ne savent pas ce que c’est ! Du large concept qu’est la RSE, ils ne retiennent que le vocable Vert », déclare Panayotis Liolios, associé du réseau Exco, en charge des activités d’audit.
Selon Bertrand Desmier, responsable RSE au sein du cabinet conseil Tennaxia, « Il faut considérer la responsabilité sociétale de l’entreprise comme une source de performance durable au-delà des postures opportunistes et de leur discours verdissant ».

Complémentaires, pourquoi ces deux déclarations sont-elles intéressantes ?
Primo, elles illustrent un paradoxe : tous les spécialistes et les conseils s’accordent à penser que la RSE est un nouveau mode de gestion et de management débouchant sur de multiples sources de performance, mais les dirigeants de PME n’y croient manifestement que très modérément. Ce manque d’engagement a-t-il pour source une méconnaissance partielle ou totale de la RSE ? Peut-être. « Développement durable… RSE… tout cela n’est pas pour moi mais pour les grandes sociétés, je dois d’abord et avant tout faire mon chiffre d’affaires et me soucier de mon activité… » pourrait arguer quelques-uns de nos chef d’entreprises.

Secundo, Panayotis Liolios exerce un métier qu’il n’est pas courant de voir en première ligne des préoccupations RSE. Il est commissaire aux comptes. C’est une petite révolution que de voir un expert des chiffres se sentir concerné par cet univers. « Chez Exco, avec notre regard de comptable, nous passons notre temps à expliquer à nos clients PME où sont les nombreux impacts de la RSE sur les comptes et sur le rendement de leur entreprise ».

La RSE a des impacts pratiquement dans tous les registres
Pour notre commissaire aux comptes, la liste est longue : impact sur le chiffre d’affaires grâce à une attractivité compétitive auprès des clients, montant des charges sociales, diminution du nombre des arrêts maladie et du taux d’absentéisme, réduction des accidents du travail, optimisation du climat social, qualité de la relation commerciale, process de production de biens ou de services…etc. On le constate, le terrain de la RSE et de ses conséquences ne se limite pas à la seule réduction de la consommation d’énergie. 

Deux exemples

Côté process de production : « Trop souvent, l’entreprise qui veut réaliser des économies d’énergie va changer ses équipements, ses machines ou simplement ses éclairages… L’autre pan des actions possibles, qui représentent 50 % des économies potentiellement réalisables, se situe dans la remise à plat des méthodes de production », nous confirme Jean-Pierre Riche, président d’Okavongo Energy, une agence conseil spécialisée dans l’efficacité énergétique.

Côté attractivité commerciale : « Nous avons mis en place une politique de réduction du CO2, avec un calculateur, et tout un système de chiffrages, de suivis et de contrôles de nos émissions, tant en interne qu’auprès de nos sous-traitants. Depuis le 1er octobre 2013, la loi française nous impose de fournir ce type d’information à nos clients. Mais nous sommes allés plus loin au plan mondial, en appliquant la norme européenne sur l’ensemble des gaz à effet de serre » nous apprend Sophie Gréau, quality environment manager chez DHL Global Forwarding1 en charge de la politique Go Green, qui ajoute « …nos clients surveillent cela de très près, a priori et a posteriori. C’est aujourd’hui devenu un atout et un paramètre important de décision au moment des appels d’offres ».

Des aides et des financements pour économiser l’énergie
La RSE, nous l’avons vu, est un univers prati­quement sans limites d’applications et de conséquences sur la performance de l’entreprise. Mais « …dans le nouveau paradigme énergétique, ce n’est plus la production d’énergie, c’est son économie qui sera source de croissance » décla­rait Chantal Jouanno, ex-secrétaire d’État de l’éco­logie, aujourd’hui sénatrice. Les économies d'énergie demeurent donc la star des leviers vertueux aisément utilisables.
Du côté des particuliers, les aides et subventions diverses et variées sont nombreuses : éco-prêts ou crédit d’impôts pour amélioration de l’isolation thermique de l’habitat, nouveaux systèmes de chauffage, TVA à taux réduit, prêt sur livret Développement durable, etc…
Du côté des entreprises, notamment des PME, elles hésitent parfois à se lancer dans une politique complète d’économies d’énergie. La raison invoquée est souvent la même : trop cher !
« En clair, l’entreprise change ce qui est facile mais elle ne fait souvent qu’une partie du chemin par manque de financement » dit Jean-Pierre Riche, d’Okavongo Energy. D’après ce professionnel, il existe trois obstacles majeurs : premièrement,  le dirigeant n’a pas vraiment conscience qu’il peut économiser jusqu’à 30 ou 40 %. Deuxièmement, il n’a pas les compétences humaines en interne. Troisièmement, il manque de ressources financières.
Nous sommes ici au cœur de l’efficacité énergétique. Dans son rapport WEO 2012, l’AIE2 affirme que l’efficacité énergétique n’est plus un dispositif d’appoint mais qu’elle est véritablement devenue aujourd’hui un atout majeur. Ce qui est vrai au plan macro l’est aussi au plan micro pour toutes les entreprises.
La société Okavongo Energy n’est pas qu’un cabinet conseil. Elle organise des financements complets en réunissant des partenaires investisseurs spécialistes de l’énergie et des banques. Sur le principe, le montage est simple : ces partenaires financent tout ou partie de l’investissement nécessaire pour atteindre les économies préalablement calculées et prévues, ils se font rembourser (généralement au maximum sur trois ans) par l’entreprise qui leur rétrocède un pourcentage des économies dont elle profite. Avantages : l’entreprise peut n’avoir sorti aucun fond et, au terme du processus, elle récupère l’intégralité des équipements en profitant alors à 100 % des économies d’énergie.
« Aujourd’hui spécialisés dans l’industrie agro-alimentaire, rien ne nous empêche d’appliquer notre méthode dans d’autres industries ou dans le secteur tertiaire des services. Le chef d’entreprise doit simplement veiller à se faire accompagner » précise Jean-Pierre Riche.

La collecte et le traitement des déchets et des pollutions
Les éco-organismes sont au cœur du dispositif : Adivalor (phytosanitaire), Aliapur (pneumatiques), Conibi (produits bureautiques), Cyclamed (médicaments), Eco-Emballages (emballages ménagers), Éco-systèmes (appareils électriques, électroniques-DEEE), Recylum (lampes), Recyfilm (emballages plastiques industriels), Screlec (piles et accumulateurs), etc…
Aujourd’hui, toute entreprise ayant une problématique déchets peut appeler et consulter un éco-organisme pour obtenir un conseil et une orientation de solutions. L’Ademe3, le Ministère de l’Ecologie ou une initiative telle que France Énergie Nouvelle fourniront tout aussi bien des informations précieuses sur l’ensemble des moyens disponibles.
« La spécificité de tout éco-organisme agréé est d’avoir des actionnaires producteurs/fabricants qui sont aussi ses uniques clients. Chez Eco-systèmes nous avons aussi des distributeurs en tant qu’actionnaires » nous dit Véronique Poirier, directrice de la communication chez Eco-systèmes.
À côté de ces structures intégralement dédiées à la collecte et au traitement des déchets, il existe aussi des entreprises privées qui accélèrent la mise en place d’un principe : l’économie circulaire.
C’est par exemple le cas d’une société comme Carbios. « Notre cœur d’activité est de développer de nouveaux process pour repenser les cycles de vie des plastiques en leur redonnant une nouvelle valeur » explique Jean-Claude Lumaret, directeur général. Notons que cette société vient d’élire à son Conseil d’Administration un grand écrivain, Erik Orsenna. Rien d’étonnant quand on se rappelle que cet académicien a écrit de nombreux ouvrages sur le traitement de l’eau ou du coton dans le monde.

Cela pour souligner combien l’idée même de RSE fait petit à petit son chemin dans le collectif et l’esprit des chefs d’entreprise. À une listeennuyeuse de process et de méthodes, nous avons préféré dresser une fresque qui illustre cette inexorable montée en puissance.

Par Philippe DERMAGNE

 

* RSE : Responsabilité Sociale des Entreprises (Corporate Social Responsability - CSR en anglais)

 

1 DHL Global Forwading (filiale de Deutsche Post) est l'entité Commissionnaire de transports, n'intervenant qu'en B to B pour le freight lourd.

2 AIE (Agence Internationale de l'Energie) - WEO (World Energy Outlook) - Sources : " Comprendre le nouveau monde de l'énergie ", par Myriam Maestroni, Éditions Maxima 2013

3 ADEME : Agence de l'Environnement et de la Maîtrise de l'Energie (ademe.fr)

                                    

Le saviez-vous ?

L'obligation du reporting environnemental annuel est née du Grenelle II, qui a fixé des seuils. Établi à 1 000 salariés (ou 100 M€ de CA), ce seuil passera à 500 salariés en 2014.

La taxe carbone, comment ça va marcher ?

À la fois levier de la transition énergétique et « aubaine » fiscale, son contour reste encore relativement flou. Ce qui est sûr, c’est qu’elle sera calculée, non en fonction de la consommation des produits (auto­mobile, camion, avion, rail, industries,…), mais en fonction du taux d’émission de CO2 de chacun des carburants et combustibles d’origine fossile (essence, gasoil, fioul). A priori, pas d’augmentations avant 2015 ou 2016 qui, avec de nombreuses exceptions, seront très sectorielles. Cette contribution fiscale favorisera-t-elle les comportements vertueux ? Difficile à dire. Verdir la fiscalité est une tâche délicate qui ne peut qu’être un effort progressif sur le long terme. La taxe carbone ne doit pas être assimilée à l’écotaxe que les poids lourds devront acquitter dès janvier 2014.

                                    

Trois questions à Yves Nicolas, Président de la Compagnie Nationale des Commissaires aux Comptes

Pourquoi votre profession s’intéresse-t-elle à la RSE ?
> Nous vivons dans un monde économique et financier difficile. Cela suppose des tiers de confiance afin d’être sûrs que les chiffres, pas seulement comptables, sont fiables et authentiques. Les chiffres de la RSE peuvent servir de bases à des décisions qui peuvent être lourdes de conséquences.
Ils sont en même temps un instrument de communication pour les entreprises. Le commissaire aux comptes est donc très bien placé dans l’entreprise pour les attester.


Mais ce n’est pas votre métier ?
> Eu égard au contexte économique global, nous estimons que notre profession doit s’ouvrir à des missions complé­mentaires comme celle de la RSE. Cela nous impose d’ouvrir nos cabinets à de nouvelles compétences telles, par exemple, que celles des ingénieurs. D’ailleurs, faire appel à ces compétences spécifiques, non directement liées à notre métier, n’est pas nouveau. Lorsque nous voulons par exemple nous assurer que les chiffres fournis par la comptabilité de l’entreprise sont fiables, nous faisons appel à des experts informatiques.


Le chef d’entreprise vous fait-il confiance dans ce registre ?
> Dans notre exercice professionnel, nous ne pouvons faire ce type de mission que si nous avons une diligence, autrement dit une norme de travail homologuée par le Garde des Sceaux. Nous achevons, après deux ans de travail, sa rédaction. Les chefs d’entreprises nous font confiance. Notre profession évolue et démontre ainsi son dynamisme. Nous contribuons à l’essor de la politique RSE, et y compris dans les PME-PMI. Tout cela va dans le bon sens.

                                    

News Flash...

Service Lumibox, une belle initiative de Recylum
Associé à Fiducial, Lyreco et Office Dépôt, cet éco-organisme dédié au recyclage des lampes, lance une campagne de sensibilisation auprès de 200 000 PME, en ciblant plus particulièrement le monde des assistantes. Malin !

Zen’to baisse l’empreinte carbone des entreprises de transport et de logistique
Intégré au système d’informations de l’entreprise, cette société installe le logiciel Carbon Track qui permet de calculer l’empreinte carbone et les émissions Co2 de toute opération de transport.

Innoveox, une jeune entreprise au cœur de l’économie circulaire    
Elle met en œuvre une solution (brevet CNRS) de recyclage efficace à 99,99 % des déchets dangereux tels que pesticides, huiles, solvants et déchets pétroliers.

La France pionnière dans l'hôtellerie BBC
L'Ibis Styles de Troyes Centre est le premier hôtel en France à avoir été conçu selon une approche environnementale complète, et à avoir été certifié BBC(bâtiment basse consommation) et HQE (haute qualité environnementale). Un établissement pionnier dans ce domaine et portant l'ambition du groupe Accor qui affiche, d'ici à fin 2015, un objectif d'au moins 21 hôtels détenteurs d'une certification de référence en matière de développement durable.

Lu 4903 fois Dernière modification le mercredi, 21 octobre 2015 15:09
Philippe Dermagne

En 1980, il crée sa propre société, une agence de publicité dédiée au BtoB, à la communication par l’écrit et à la motivation des forces de ventes. En 1995, il fonde l’une des toute premières agences multimédia française, en mettant en place un développement international en Suède, UK et Brésil. Depuis 2007, il est un journaliste qui présente la particularité d’avoir plus de 30 années d’expérience en tant qu’entrepreneur.
Ses terrains de prédilections : les RH, le développement durable, la gestion de flotte automobile. Son second métier : l’animation de colloques, tribunes et grands séminaires d’entreprise.

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