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Investissements : Quelles pistes pour la course aux fonds  ?

Investissements : Quelles pistes pour la course aux fonds  ?

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Quelles sont les alternatives pour faire entrer des investisseurs dans le capital de son entreprise, tout en gardant, à tout moment, la maîtrise des opérations ?
Le meilleur conseil est sans aucun doute de faire preuve d'imagination !

L'ouverture du capital est-elle la solution la mieux adaptée ? Vaut-il  mieux explorer au préalable la voie des financements non dilutifs ? Il en existe un certain nombre, tels que les prêts bancaires, les avances remboursables, les prêts d'honneur, voire les subventions. L'avantage est que ces financements peuvent être cumulés, sans pour autant modifier la répartition du capital. Bref, le capitaine reste seul maître à bord, mais tout aussi solitaire lorsqu'il s'agit d'assumer les conséquences d'un naufrage. D'autant qu'à la perte du capital investi, viennent s'ajouter les garanties que les banques ne manquent pas d'exiger de manière de plus en plus systématique.   


Explorer toutes les pistes
Thomas Huriez, fondateur de 1083, a trouvé en quelques semaines seulement près d'un millier « d'investisseurs », juste en lançant une idée originale.
« En 2013, j'ai décidé de relancer la fabrication de jeans en France, ce qui ne se faisait plus véritablement de manière industrielle dans l'Hexagone », explique cet ancien informaticien. Le nom de sa marque, 1083, annonce la couleur bleu-blanc-rouge, évidemment. « 1 083 est le nombre de kilomètres séparant les deux villes les plus éloignées de métropole, alors qu'un jean vendu en France en parcourt 65 000 lors de sa fabrication » rappelle-t-il. Sur une plate-forme de crowdfunding, son idée fait un malheur. « J'avais fixé un objectif de 10 000 euros et j'en ai obtenu 110 000 : c'était en quelque sorte mes premiers investisseurs, et même bien plus que ça, puisqu'ils m'ont permis de faire mon étude de marché et qu'ils se sont faits les ambassadeurs de la marque avant même que les premiers jeans ne soient produits », ajoute Thomas Huriez. Résultat : dès la première année, le chiffre d'affaires a atteint 200 000 euros. En 2016, il aura tout simplement décuplé pour atteindre les 2 millions d'euros. Une trentaine d'emplois ont été créés au passage. « Jusqu'ici nous avons pu nous développer en autofinancement, mais je vais devoir faire appel à des investisseurs plus classiques pour un projet d'immobilier de 5 millions d'euros, à Romans, dans la Drôme » souligne-t-il. Le jean français doit changer de taille en s'installant dans des ateliers et des bureaux plus grands. Avec le
retour en vogue du Made in France, Thomas Huriez et 1083 ont de toute façon un vaste terrain de jeux : la quasi-totalité des 65 millions de jeans vendus chaque année en France sont fabriqués à l'étranger...

Les clients avant les investisseurs
Si le financement participatif est un moyen sûr de se financer sans avoir à céder du capital, une autre solution consiste à être en position de force lorsque l'on va chercher des investisseurs. Thibaut Lemay, fondateur de Mazeberry, un éditeur d'outil d'aide à la décision pour les e-commerçants et les annonceurs sur le digital, en a fait l'expérience. En 2011, il lance sa start-up à Lille, « en partant du constat que les dépenses de marketing sont de plus en plus importantes sur le digital alors qu'il y a encore peu de moyens pratiques d'en mesurer le ROI » explique-t-il. Son logiciel d'aide à la décision est utilisé aujourd'hui par de grandes marques et Mazeberry a même ouvert un bureau à Londres, voici quelques mois. Après une première levée de fonds de 200 000 euros en 2014, Mazeberry vient d'en réussir une seconde de 650 000 euros, l'année dernière. « Ces levées de fonds ont véritablement joué un rôle d'accélérateur dans notre développement : nous sommes 15 désormais et nous allons encore recruter cette année » ajoute Thibaut Lemay. Deux ans après la première levée de fonds, le chiffre d'affaires a été multiplié par douze. La seconde levée a permis de se lancer à l'International avec toutes les chances de succès. « Je n'avais pas le choix, et le seul moyen pour me développer, c'était l'ouverture du capital et la levée de fonds : en revanche, je pouvais faire en sorte de choisir mes investisseurs », fait-il remarquer. Dans un premier temps, Thibaut Lemay va consacrer son énergie à chercher des clients plutôt que des investisseurs. Dès qu'il a pu pré­senter ses premiers contrats signés, les investisseurs se sont tout de suite intéressés à son dossier, ce qui n'était pas le cas auparavant. « Choisir ses investisseurs permet d'en faire des véri­tables partenaires qui, au-delà de l'apport financier, apportent un accompagnement et un soutien appréciable lorsque l'on est un jeune créateur d'entreprise » note-t-il. Thibault Lemay n'a pas eu d'appréhension quant à la perspective d'une dilution du capital. « Tout cela a été bien maîtrisé et j'ai gardé un niveau de pouvoir qui me convient : dans ce cadre, la rédaction du pacte d'actionnaires est un point important à ne pas négliger », conclut-il. De sa propre expérience, Thibaut Lemay retient que « chercher des investisseurs ou aller trouver des clients, ça prend beaucoup de temps dans les deux cas, mais la priorité doit d'abord aller au développement commercial ». Mieux encore, tant qu'il est possible de s'autofinancer ou de recourir au crédit bancaire, mieux vaut reporter la recher­che d'investisseurs. Lorsque l'on a ses premiers contrats en main, les chances de remporter la course de fonds sont rapidement multipliées…

Se financer dans l'entreprise
Même si on n'y pense pas forcément, il est éga­lement possible de rechercher des financements… dans sa propre entreprise. En substance, le mécanisme consiste en quelque sorte à rendre liquides certains actifs de l'entreprise pour financer, par exemple, une opération de croissance externeou des projets de développement. Dans ce cas, l'entreprise peut faire appel à des investisseurs un peu particuliers, spécialistes de l'immobilier d'entreprise sous sa forme locative. « Nous intervenons auprès des entreprises au travers de leurs actifs immobiliers partout en Europe, en rachetant des bureaux, des locaux d'activités, des bâtiments logistiques » précise Frédéric Puzin, président de Corum Asset Management, société de gestion indépendante gérant un parc immobilier de plus de 800 millions d'euros. Concrètement, l'entreprise va vendre ses actifs immobiliers qu'elle continuera cependant d'occuper en versant alors un loyer. « Nous rachetons l'immobilier de l'entreprise en prévoyant même, dès le départ, les conditions de sortie » poursuit-il. Au bout de quelques années, l'entreprise peut redevenir propriétaire des bâtiments qu'elle avait cédés. Pendant ce temps, elle aura pu financer à bon compte son dévelop­pement grâce à la vente de ses actifs dont elle aura continué à profiter sous forme de location. Tout le monde y trouve son compte. « La parti­cularité, c'est que si la nature de notre investis­sement est immobilier, nous nous inscrivons dans la stratégie industrielle de l'entreprise et nous sommes attentifs évidemment à son fonctionnement, à ses projets, et à son développement » poursuit Frédéric Puzin. Une manière pour sa société de gestion d'actifs immobiliers de sécuriser le flux locatif.
Grâce à ce type d'intervention, l'entreprise peut récupérer du cash à une hauteur significative. Corum AM intervient dans une fourchette allant de 4 à 100 millions d'euros par dossier. Mais au-delà des besoins de liquidités pour financer son développement, ce type d'intervention peut également être utile à d'autres moments clés de la vie de l'entreprise. Par exemple, en prévision d'une cession en vue de présenter l'entreprise sous un meilleur jour. Une opération classique de « window dressing » permettant d’améliorer la présentation comptable de l’entreprise.

Attendre le bon moment
Autant dire qu'il existe de multiples pistes pour trouver des investisseurs, des partenaires, des financeurs. Toute la difficulté consiste à trouver les bons interlocuteurs mais aussi le bon timing.
Ainsi, et notamment pour les start-up, il est important que l'investisseur puisse déceler des signes forts de « traction ». En clair, un chiffre d'affaires multiplié, un recrutement de nouveaux clients qui explose, un engouement pour son produit ou service qui s'envole. Autre conseil : bien identifier les fonds et les investisseurs en adé­quation avec l'activité de son entreprise ou en phase avec la nature du financement recherché, par exemple dans le cas d'une cession d'actifs. Enfin, il faut aussi s'armer de patience. La course aux fonds est une affaire de longue haleine, et l'arrivée concrète d'investisseurs providentiels peut prendre quelques mois. Il faut donc s'assurer que sa trésorerie soit suffisante pour tenir au moins 6 à 9 mois avant l'arrivée de nouveaux fonds. De toute manière, rechercher des fonds avec une trésorerie exsangue risque fort de faire fuir les investisseurs, même les plus motivés !


Où trouver les investisseurs les mieux adaptés à son projet ?

Avant de partir à la chasse aux investisseurs, il est préfé­rable de cibler le profil adapté à son entreprise et à son projet. Par exemple, le crowdfunding convient davantage pour un projet de création d'entreprise ou de développement produit.
De nombreuses plates-formes existent parmi lesquelles Kickstarter (pour les projets technologiques notamment), Bulb in Town (financement de proximité), Lendix (prêts participatifs aux PME), Ulule, KissKissBankBank.

Autre piste intéressante, les business angels. En France, plus de 5 000 particuliers, souvent des chefs d'entreprise et cadres dirigeants, investissent dans le capital de jeunes entreprises. Souvent regroupés en clubs et réseaux géographiques, les business angels apportent, en plus du financement, leur expérience et ouvrent leur carnet d'adresse. Le site de leur fédération, franceangels.org, recense les coordonnées des réseaux régionaux en France.
Il y a aussi des business angels à titre individuel, parfois très connus et disposant de moyens conséquents comme Xavier Niel, Jacques-Antoine Granjon ou Marc Simoncini. Les contacter est plus compliqué, mais certains y sont parvenus via Twitter ou LinkedIn.
Enfin, les fonds d'investissement restent la voie royale, notamment par leur puissance financière.
Là aussi il convient de cibler, chaque fonds étant spécialisé. Une spécialisation qui peut être fonction de l'objectif de leur intervention : capital-risque, capital développement, LBO, retournement, etc... Il faut également tenir compte de la spécialisation sur un secteur d'activité donné ou encore d'impératifs géographiques, certains fonds de proximité intervenant sur une région en particulier. Des sites comme fusacq.com proposent un annuaire des fonds d'investissement avec leur stratégie d'intervention.

Lu 6120 fois Dernière modification le lundi, 07 novembre 2016 12:12
Laurent Locurcio

Journaliste économique, il a notamment collaboré avec la presse spécialisée dont La Tribune, Le Point, Le Monde, LSA, Sport Eco, et bien entendu GPO Magazine. Il a également participé au lancement de titres de presse et a été rédacteur en chef  d’un important magazine d’entreprise. Auteur également de livres d’entreprises, il intervient aussi auprès d’étudiants en formation multi-médias.

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