Sébastien Chabal, Chabal Sport - Une légende du sport dont la reconversion pourrait bien devenir un modèle du genre

Sébastien Chabal, Chabal Sport - Une légende du sport dont la reconversion pourrait bien devenir un modèle du genre

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Dans notre galerie de portraits, en voici un qui est pour le moins insolite ! Figure charismatique du sport français, classé sportif préféré des français en 2009*, Sébastien Chabal a cette gueule inoubliable qui a largement contribué à sa popularité, au même titre que la saine virilité de ses plaquages mémorables. En retraite sportive depuis le printemps 2014, il commence et mène une seconde vie – « la vraie » comme il le dit lui-même – avec détermination et clairvoyance, sans jamais oublier ses racines qui lui permettent d’avoir cet indispensable recul. Nous sommes loin de l’homme brutal et sans état d’âme telle la caricature de sa marionnette sanguinaire aux Guignols de l’Info. Un hyper actif qui gère sa reconversion d’entrepreneur avec ses valeurs sportives et morales en toile de fond.

Entretien avec Sébastien Chabal, Fondateur de Chabal Sport

GPO Magazine : Quelles sont selon vous les qualités personnelles nécessaires pour réussir ?
Sébastien Chabal :
Le premier mot qui me vient à l’esprit est très simple, c’est le mot « envie »… l’envie de réussir, l’envie de gagner, l’envie de construire un projet, l’envie d’avancer, l’envie de travailler dur aussi. Par ailleurs il faut la conviction que c’est possible, autrement dit avoir la foi dans ce qu’on est capable de faire et foi en ses idées.


GPO Magazine : L’expérience de votre carrière sportive vous aide-t-elle dans votre reconversion ?
S. C. : Elle m’aide énormément dans ma nouvelle vie d’entrepreneur. Il y plusieurs raisons. La première, c’est que le rugby m’a appris à partager.
Ce sport d’équipe m’a inculqué non seulement la culture de l’effort et de l’engagement mais aussi et surtout le sens du collectif. Même si on est le meilleur joueur du monde, sans les 14 autres équipiers sur le terrain, on n’est rien ou pas grand-chose. Si les 14 sont mauvais ou moyens, on devient soi-même très vite mauvais ou moyen. C’est une règle incontournable. Je ne vois pas comment il pourrait en être autrement dans toute entreprise qui fonctionne : chacun est au service du collectif et le collectif est au service de chacun. Encore faut-il avoir toute cette culture intimement ancrée dans les esprits. La seconde raison, bien évidemment, est ma notoriété et mon image. Elles me permettent d’ouvrir pratiquement toutes les portes que je souhaite ouvrir, même si cela passe par des difficultés ou par des périodes de doute ou d’incertitude ; le rugby m’a appris à ne jamais me décourager. Jamais. Quand on a cette solidité mentale, on trouve toujours l’énergie ou une solution pour avancer et franchir les obstacles. Mais attention, ma notoriété n’est pas un sésame magique et permanent. Dans ma nouvelle vie, je dois quand même faire mes preuves et convaincre que ma vision, mes idées ou nos produits sont bons.

GPO Magazine : C’est une question un peu bateau, mais les qualités du sportif sont-elles, d’après vous, celles requises pour l’entrepreneur ?
S.C. : Oui, probablement en grande partie. Mais je vais vous surprendre ! Je crois plus difficile de réussir à haut niveau dans un sport tel que le rugby qu’en tant qu’entrepreneur.

GPO Magazine : Pourquoi ?
S. C. : Tout simplement parce que dans mon sport il faut avoir des qualités athlétiques un peu hors normes que seules la nature et la chance nous donnent ou pas. Il faut qu’une bonne fée se soit penchée sur votre berceau… après c’est la passion et le travail qui peuvent faire la différence.

GPO Magazine : Cette reconversion, depuis combien de temps la préparez-vous ?
S. C. : Depuis toujours dans ma tête, mais concrètement depuis la fin des années 2000. La vie de sportif de haut niveau est une vie de rêve mais il faut bien avouer qu’on est souvent déconnecté de laréalité. Je tiens à rappeler qu’avant de jouer au rugby et d’y réussir, ma vie était celle d’un ouvrier d’usine avec son simple diplôme de tourneur-fraiseur en poche. Cette première expérience professionnelle me permet aujourd’hui d’avoir ce recul et ce regard sur le sport qui est donc une vie de privilégié magnifique mais qui n’est pas la vraie vie. J’ai toujours eu conscience et je savais que cela allait s’arrêter un jour. Je devais m’y préparer.

GPO Magazine : Vous avez raccroché les crampons définitivement en mai dernier, quelles sont vos occupations aujourd’hui ?
S. C. : Oh là ! Ma nouvelle vie me confirme que je suis un hyper actif. Je  m’occupe de ma marque de vêtements Ruckfield lancée en 2009, je viens de monter avec des copains un hôtel-restaurant dans la région lyonnaise, je suis associé dans une société de transactions immobilières aux méthodes novatrices, j’ai créé Chabal Sport, je travaille régulièrement pour GL Events (leader mondial de l’événementiel – ndlr), je suis consultant tous les lundis soirs dans le Moscato Show sur RMC… vous voyez, mon agenda est dense. Tout me passionne mais je regrette deux choses : un, mon emploi du temps est tellement serré que je commence parfois à arriver en retard à mes rendez-vous ce dont j’ai horreur et deux, je n’ai pas fait la moindre minute de sport depuis ma retraite.   

GPO Magazine : Qu’est-ce que Chabal Sport ?
S. C. : C’est une société qui conçoit, fabrique et distribue des plateaux multisports clé en main. Créée avec Patrick Fontaine, mon beau-frère qui est dans ce business depuis 25 ans, cette start-up a deux ans. Mais vendre de la ferraille pour vendre de la ferraille ou vendre de la pelouse pour vendre de la pelouse…cela ne nous intéressait pas. Nous voulions autre chose. Nous avons d’abord réfléchi sur l’organisation et l’agencement de ces plateaux compacts de 300 m2 où l’on peut pratiquer librement et gratuitement basket, volley, handball, foot, tennis… etc. Nous voulions que ce plateau donne envie à tous, enfants, ado et adultes, de faire du sport, de se retrouver et de revenir souvent. Nous voulions également que nos plateaux soient uniquement fabriqués avec des matériaux recyclables. Nous voulions enfin proposer un nouveau concept de financement pour nos clients que sont les collectivités.

GPO Magazine : Quel est ce nouveau concept ?
S. C. : Notre concept Chabal Sport Citoyen est de diminuer de 30 % le coût d’investissement d’un terrain multisports. Pour cela, il nous faut associer les villes et les entreprises à mener ensemble un projet sociétal et économique : « donner accès au sport pour tous » en mettant un point d’honneur sur l’importance de la pratique sportive, sur ses valeurs morales et physiques, objectif réalisable avec l’aide de notre régie publicitaire Fraymédia. La démarche des entreprises mécènes, en sponsorisant ces projets, vise à faciliter l’acquisition d’un terrain multisports Chabal Sport aux mairies et aux collectivités qui ont souvent moins d’argent pour financer ce type d’équipement. Le sport étant le carburant du futur, il associe l’engagement, l’ouverture d’esprit, la persévérance, le respect et le travail collectif. Les entreprises ne bénéficient que de la reconnaissance de leurs engagements.

GPO Magazine : Où en êtes-vous aujourd’hui ?
S. C. : Après deux ans, nous sommes en passe de gagner notre pari. Nous venons de signer notre premier grand partenaire institutionnel, Generali qui, comme nous, a cette ADN de l’accompagnement des sportifs et du sport pour tous, en accès libre et gratuit. Notre objectif est de rassembler les institutionnels publics ou privés autour du sport, de la jeunesse et de toutes les valeurs de cet univers. Le partenariat public/privé c’est l’avenir, notamment pour ce genre d’équipements sportifs.   
En France, 1 200 plateaux multisports se construisent chaque année. À ce jour, nous en avons installé une centaine ; nous en construirons en moyenne 50 par an, peut-être un peu plus, au travers d’un réseau de partenaires industriels fabricants répartis partout en France. Ce sont nos revendeurs qui ont chacun une exclusivité géographique. Chabal Sport est une petite structure qui joue le rôle de support, de conseils techniques et bien entendu de relai de communication et d’image. C’est pour cette raison que j’assiste personnellement à toutes les inaugurations… je joue avec les enfants et les adolescents… c’est important de les rencontrer… les utilisateurs doivent s’approprier le terrain en réalisant qu’il faut prendre soin des installations.

GPO Magazine : D’autres activités en cours ?
S. C. : Oui, au moins deux. Nous avons signé une convention avec Sports Sans Frontières, désormais appelé Play International, qui a développé un programme d’éducation par le sport, baptisé Playdagogie. Il s’agit d’apprendre aux enfants les grandes valeurs du sport, le respect, la tolérance, de les éveiller à la malnutrition ou au problème du racisme, tout cela toujours sous forme de jeux sportifs les plus ludiques possible. Un exemple, nos paniers de basket sont deux fois plus larges que les paniers règlementaires ; les enfants ainsi ne se découragent pas, marquent des points et sont heureux. Ce n’est pas la compétition qui compte. C’est du sport plaisir.

GPO Magazine : …et votre autre projet ?
S. C. : C’est peut-être celui qui est le plus enthousiasmant ! Séjournant à San Francisco l’année dernière pour une séance photos pour ma ligne de vêtements Ruckfield, je tombe sur un plateau multisports hyper compact de 100 m2. Il a été créé par Mitch Menaged qui avait lancé la National Fitness Campaign à la fin des années 70. L’objectif était déjà d’amener un maximum d’Américains à pratiquer du sport en accès libre et gratuit. En 10 ans, il a construit 10 000 plates-formes partout aux USA. Nous l’avons contacté et nous allons lancer en France, et peut-être en Europe, une grande campagne nationale de sport santé avec cet outil hyper compact de 100m². Nous présenterons le projet au prochain Salon des Maires, suivi d’une conférence de presse. Si nous parvenons à rassembler à nouveau les institutionnels publics et privés pour mettre en œuvre ce projet, je pense que nous pourrons être fiers d’avoir contribué au véritable essor et au goût du sport populaire en France.

GPO Magazine : Que ne supportez-vous pas dans la vie ?
S. C. : Je ne supporte pas les gens qui se prennent ou qui veulent se faire passer pour ce qu’ils ne sont pas… j’en ai rencontré quelques-uns croyez-moi ! Je ne sais plus qui a dit… « rien ne ressemble plus à un honnête homme qu’un escroc qui fait son métier ». Je me suis déjà trompé sur les personnes mais quand j’accepte de collaborer et de travailler avec elles, alors j’accepte de partager mais cela doit être réciproque et surtout pas de loups cachés dans le bois. Ce n’est pas toujours facile car il faut aussi savoir se protéger.

GPO Magazine : Quel est votre principal atout aujourd’hui ?
S. C. : Je crois que c’est d’écouter les autres. J’échange beaucoup avec Patrick Fontaine, avec mes amis… pour avancer il faut parler… je n’ai pas la science infuse… je ne sais pas faire grand-chose de mes dix doigts ! (sourire-ndlr). Dans deux têtes, il y a plus d’idées que dans une seule et j’ai cette faculté de savoir rassembler les gens, les talents et les compétences, en les additionnant plutôt qu’en les superposant.
Construire ensemble est tellement enrichissant, le partage est le meilleur moment… Qu’il s’agisse de périodes difficiles ou joyeuses… Il faut partager, n’est-ce pas cela la vraie vie ? N’est-ce pas aussi de rigoler comme des fous avec complicité. Lorsqu’on se prend la tête ou qu’on se prend au sérieux, on est foutu.

GPO Magazine : Pourquoi avez-vous mis un terme à votre carrière ?
S. C. : J’en avais marre, ras-le-bol… je n’avais plus la force mentale pour continuer, à m’entraîner tous les jours très dur pour rester performant au plus haut niveau. Cela demande beaucoup de sacrifices et d’investissements physiques… au bout de 16 années de sport professionnel, j’avais la chance de m’en sortir indemne mais c’était la fin de la bobine… je ne prenais plus de plaisir à aller m’entraîner et à jouer sur le terrain… les derniers temps, je parvenais encore à retrouver ce plaisir lors des matchs le week-end…mais à la fin, même cela était devenu impossible.
Et puis j’avais aussi en tête ma préparation de l’après… donc il était temps d’arrêter. Je sentais que j’avais de nouveaux challenges à relever… j’espère vous l’avoir démontré. 

*Classement établi par l'Équipe Magazine

Propos recueillis en entretien par Philippe DERMAGNE



Lu 11832 fois Dernière modification le jeudi, 01 octobre 2015 15:22
Philippe Dermagne

En 1980, il crée sa propre société, une agence de publicité dédiée au BtoB, à la communication par l’écrit et à la motivation des forces de ventes. En 1995, il fonde l’une des toute premières agences multimédia française, en mettant en place un développement international en Suède, UK et Brésil. Depuis 2007, il est un journaliste qui présente la particularité d’avoir plus de 30 années d’expérience en tant qu’entrepreneur.
Ses terrains de prédilections : les RH, le développement durable, la gestion de flotte automobile. Son second métier : l’animation de colloques, tribunes et grands séminaires d’entreprise.

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