Optimiser sa gestion de trésorerie : les bonnes pratiques
Face à une conjoncture économique incertaine, un risque client qui se dégrade et des taux d’intérêt élevés, la gestion du cash est plus que jamais une priorité pour les entreprises. Pour assurer leur développement, voire pour certaines la pérennité de leur activité, elles n’ont alors d’autres choix que de se pencher sur la sécurisation et l’optimisation de leur trésorerie.
Certes, l’activité économique en France a repris des couleurs en ce début d’année. Selon la première estimation de l'Insee, le PIB a progressé de 0,2 % au premier trimestre 2024, un chiffre qui correspond à la fourchette haute des prévisions. Grâce à la dynamique du premier trimestre, l'année se présente plus favorablement. L'acquis de croissance s'établit en effet déjà à 0,5 point à la fin du premier trimestre et non plus à fin juin. Une croissance portée notamment par la reprise de la consommation des ménages (+0,4 % sur la période) et une inflation maîtrisée.
Pour autant, la vigilance doit rester de mise. En effet, certains indicateurs restent dans le rouge. Le volume des défaillances d’entreprises est reparti à la hausse depuis quelques mois et pourrait atteindre, selon Altares, les 63000 en 2024. D’autre part, pour préserver autant que possible leur trésorerie, un certain nombre d’entreprises tirent sur leurs délais de paiement. 74 % d’entre elles déclarent ainsi que c’est en premier lieu via l’allongement des délais de paiement des fournisseurs que seraient compensés leurs besoins en trésorerie (Cabinet Arc/Ifop, 2024), très largement devant le recours au découvert bancaire (45 %). Une tendance corroborée par la Banque de France qui constate ainsi une dégradation du nombre de jours de retard de paiement, passé de 11,7 jours fin 2022 à 12,6, voire 12,7 à la fin de l'année dernière.
Un Projet de Règlement Européen pour réduire les délais de paiement à 30 jours
C’est d’ailleurs pour combattre le non-respect de la date d’échéance des factures que les parlementaires européens ont voté en faveur du Projet de Règlement Européen qui fixerait un délai de paiement de 30 jours pour l’ensemble des entreprises de l’Union Européenne. « Le délai de paiement à 30 jours tel qu’il est déjà pratiqué en France reste la règle, précise Nicolas Flouriou, président de l’AFDCC. Il peut néanmoins être porté jusqu’à 60 jours à réception de facture dans les relations commerciales inter-entreprises si les deux parties sont d'accord et si le contrat le prévoit expressément, et atteindre 120 jours maximum à compter de la réception de la facture dans le cas d’achats de biens à rotation lente ou saisonniers, sauf a priori pour les pays ayant prévu des délais de paiement maximum légaux inférieurs ».
Cette proposition de règlement, qui doit encore passer en Conseil des Ministres Européens, vise notamment à redonner de la liquidité aux PME et pour nombre d’entre elles l’objectif serait atteint. « En revanche, pour d’autres et en particulier pour celles déjà fragiles qui devront payer plus rapidement leurs fournisseurs sans pouvoir accélérer le règlement des clients, des financements externes, pas toujours accessibles, seront indispensables pour permettre à l’entreprise de tenir et éviter sa fermeture », tempère Thierry Million, directeur des études d’Altares.
Quoiqu’il en soit, la réglementation ne suffira pas à elle seule pour préserver les trésoreries des entreprises et réduire leur exposition aux risques. D’autre part, la capture du cash est actuellement d’autant plus importante que le coût de l’argent est encore élevé. D’ailleurs, pour nombre d’entreprises, l’accès au crédit demeure compliqué. La seule option reste alors souvent de renforcer et d’optimiser les processus de gestion de trésorerie. Dans le cadre de cette démarche, les entreprises peuvent activer différents leviers.
Affiner son prévisionnel de trésorerie
Il convient en premier lieu d’établir un prévisionnel de trésorerie précis, sur le court, moyen et long terme, et qui tienne compte des périodes d’activité saisonnière ou des fluctuations économiques qui pourraient influencer leur flux de trésorerie. À partir de ce prévisionnel, elles peuvent alors anticiper les besoins de liquidité et prendre les décisions pertinentes pour garantir la stabilité financière de leur entreprise. Ces prévisions peuvent ensuite faire l’objet de mises à jour pour tenir compte des changements intervenus dans l’entreprise ou dans l’environnement économique. Pour mener à bien ces démarches, les entreprises peuvent s’appuyer sur des outils de gestion financière.
Optimiser la gestion du poste client
L’optimisation de la trésorerie passe également par la mise en place de politiques de gestion du poste client claires, avec notamment la rédaction de conditions générales de vente précises, un pilotage du risque client maîtrisé, des processus de facturation optimisés et une gestion du recouvrement de créances rigoureuse. « Il est par exemple important de réaliser une analyse de la solvabilité du prospect avant qu’il ne devienne client, puis de suivre l’évolution de sa santé financière pendant toute la durée du contrat », explique Nicolas Flouriou. Dès lors que son comportement de paiement évolue, il faut alors rester dans une dynamique d’échange avec lui, mettre en place de nouvelles conditions de paiement, voire des échéanciers pour les règlements en retard de paiement ou encore négocier des garanties, par exemple bancaires. L’entreprise doit rester proactive sur ce sujet ».
Recourir à des sources de financement externes
Pour optimiser sa trésorerie, l’entreprise peut également s’appuyer sur des sources de financement externe. « Il convient à cet effet de les diversifier et de distinguer celles qui serviront à financer les investissements longs termes de celles qui permettront de financer leur cycle d’exploitation ou besoins en fonds de roulements », précise Laetitia Apparicio, directrice du marché TPE et Partenariats chez Factofrance. Pour les financements sur le moyen et long terme, l’entreprise peut notamment recourir aux prêts bancaires, au capital-risque et aux investisseurs. Il convient également de ne pas négliger les aides et subventions de l’État (comme par exemple le crédit impôt recherche). Concernant le financement court terme, l’entreprise peut notamment recourir à l’affacturage. « Cette solution de financement permet de transformer les créances clients en cash immédiatement, tout en offrant une garantie contre les impayés en cas d’insolvabilité clients et une assistance au recouvrement des créances, ajoute Laetitia Aparicio. Elle sécurise la trésorerie de l’entreprises sans pour autant peser sur son niveau d’endettement ».
Quels que soient les partenaires financiers de l’entreprise, il est important que l’entreprise maintienne et renforce sa collaboration et sa communication avec eux. Une démarche qui passe notamment par le partage d’informations, tels que les rapports financiers et les bilans comptables mais également toutes les démarches mises en place pour améliorer la gestion de la trésorerie. Cette démarche permet d’instaurer une relation de confiance mutuelle et facilite les négociations et demandes de financement nécessaires pour une trésorerie optimisée.
Anne Del Pozo
Elle collabore depuis près de 20 ans à différents magazines en qualité de journaliste.
Elle y traite de sujets articulés essentiellement autour de la finance, des flottes automobiles, du voyage et du tourisme d'affaires ou encore des ressources humaines. Anne del Pozo participe également à la rédaction de nombreux témoignages clients et de newsletters d'entreprise.