Formation interculturelle : les expatriés peuvent-ils s’en passer ?

Formation interculturelle : les expatriés peuvent-ils s’en passer ?

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S’il y a bien une compétence dont les dirigeants d’entreprise se préoccupent peu en France, c’est l’interculturalité. Bien sûr, elle n’a pas vraiment de raison d’intéresser les français qui ne travaillent qu’avec des collaborateurs français pour vendre aux français. Mais pour ceux qui sont envoyés à l’étranger par leur entreprise, l’importance de l’interculturalité est de premier ordre.

Et pourtant, entre ceux qui n’en ont tout simplement jamais entendu parler et ceux qui n’y attachent aucune importance, le marché de la formation interculturelle reste étriqué, alors que les besoins sont aussi immenses que méconnus.
Ainsi des expatriés, de plus en plus nombreux, s’en vont plus ou moins consciemment à la rencontre d’autres cultures sans préparation et souvent sans même se douter qu’il pourrait être judicieux de s’y préparer. L’organisation d’une expatriation se limite généralement aux considérations pratiques, linguistiques, administratives et éventuellement juridiques.

L’enjeu pourtant est grand, aussi bien pour l’expatrié que pour l’entreprise qui l’envoie, car l’interculturalité est une discipline transversale à laquelle aucun aspect de la vie n’échappe. Les chocs culturels ne sont pas forcément très violents, mais quand ils s’invitent au quotidien et se révèlent totalement insaisissables, ils usent les nerfs de façon pernicieuse et finissent par noircir une expérience d’expatriation qui aurait pu être lumineuse et par démobiliser des collaborateurs qui sont pourtant arrivés plein d’enthousiasme et avec toute l’expertise opérationnelle que leur poste exige.

Alors face à un tel enjeu, pourquoi les responsables de la mobilité internationale en entreprise n’ont-ils pas plus recours à la formation interculturelle ?

Des formations hors cadre

La plupart des formations qui sont proposées en France consistent en une transmission de compétence, de connaissances, de savoir-faire. Quand on assiste à une formation en bureautique ou en comptabilité, on en ressort avec de nouvelles compétences précises et identifiables, ce qui rassure beaucoup les acheteurs de ce genre de prestation, et réjouit les participants lorsqu’ils ont reçu ce qu’ils sont venus chercher. Les formations interculturelles sont d’un autre ordre. On n’y transmet pas vraiment de savoir-faire. Il s’agit plutôt de faire entrer les participants dans une compréhension particulière des différences culturelles, de leur proposer une prise de conscience qu’ils pourront employer chacun à leur façon, selon les circonstances particulières de chaque situation, selon leur personnalité et celle de leurs interlocuteurs, selon les relations qu’ils ont peut-être déjà tissé avec ces derniers, et aussi selon leurs conditions de vie et de travail.
Le rôle d’un formateur interculturel consiste en particulier à formaliser et rendre explicite ce qui relève souvent du non-dit et du vécu spontané, voire inconscient. Et c’est pour cela que ça marche, car dans la culture française, comme probablement dans la plupart des cultures occidentales, on a un besoin fort de comprendre les choses, d’identifier clairement les mécanismes, de mettre des mots sur les ressentis, surtout lorsqu’ils sont négatifs. Un choc culturel dont on ne comprend aucun ressort est, pour cette raison, extrêmement anxiogène et a tendance à prendre des proportions écrasantes. Quand on comprend, même partiellement, pourquoi l’Autre se comporte de façon si étrange, dérangeante, agaçante, la lumière se fait, l’étrangeté diminue et le choc culturel reste maintenu dans des proportions raisonnables et supportables au quotidien.

Une prise de conscience difficile

Prendre conscience de l’importance des différences culturelles qui vont s’imposer entre les salariés qu’on envoie en expatriation et leurs interlocuteurs locaux, c’est difficile, surtout quand le responsable concerné n’a lui-même jamais été expatrié. De plus, le mot « culture » désigne de nombreuses réalités différentes et est pour cela entouré d’un certain flou. Du coup, le mot « interculturalité », peu employé, n’évoque rien de précis chez beaucoup de gens, ce qui décourage d’y attacher de l’importance.
Par ailleurs, la culture est vécue au quotidien sur le même mode que la nature, c’est-à-dire de façon spontanée, non pensée, évidente. La tentation est donc grande de confondre culture et nature et d’en déduire par un raccourci confortable que les différences culturelles ne sont pas significatives. Dans ce cas, pourquoi envoyer les futurs expatriés en formation ?

D’autres priorités

Il faut bien le reconnaître aussi, envoyer du personnel en expatriation, ça coûte cher et il s’agit que cet investissement soit rentabilisé. Par conséquent, les considérations prioritaires dans le choix des futurs expatriés sont toujours d’ordre opérationnelle : ont-ils l’expertise requise pour les tâches qui les attendent et sont-ils suffisamment motivés pour vivre et travailler là où on veut les envoyer ? La question de savoir s’ils sauront s’adapter à une culture qui n’est pas la leur est généralement secondaire, quand elle n’est pas simplement ignorée. La capacité d’adaptation d’un collaborateur est une chose, sa capacité d’adaptation à une autre culture en est une autre. Les deux sont pourtant souvent confondues.

Des tarifs élevés

Enfin, une formation interculturelle requiert une expertise conséquente du formateur. Une expérience d’expatriation ne suffit pas pour proposer des prestations de qualité. Cela requiert une étude approfondie du sujet, un travail de recherche permanent et une approche rigoureuse de concepts qui n’ont rien d’évident. Une formation interculturelle requiert également une pédagogie plus complexe que pour une formation technique. Toute cette expertise a une valeur élevée et génère donc un coût élevé qui peut décourager les entreprises dont le budget pour une expatriation est déjà considérable et difficilement extensible.

Envoyer du personnel en expatriation sans formation interculturelle, c’est prendre beaucoup de risques : que la mission se passe mal, que le salarié se décourage et démissionne, que les projets n’avancent pas, que l’argent soit gaspillé parce que les responsables sur place n’ont pas compris comment les choses fonctionnent, que l’image de marque de l’entreprise soit ternie par des conflits qui auraient pu être évités, que les opérations de marketing manquent leur cible… Les responsables de la mobilité internationale devraient toujours proposer ce genre de formation à leurs collaborateurs avant leur départ. Et non seulement à eux, mais également à leurs conjoints, car n’oublions pas qu’un expatrié ne part pas seulement pour travailler, mais aussi pour vivre. Et pour ceux qui sont déjà partis, ce genre de prestation peut aussi être très utile pour éclairer leurs expériences déjà vécues mais restées incomprises, ou pour aider à résoudre des problématiques ancrées dans les différences culturelles.

Il est vrai que les experts interculturels sont peu nombreux, mais ceux qui les cherchent en trouveront, quelle que soit la culture cible.

Par Louis Belval, expert interculturel spécialiste des cultures d’Afrique francophone - interculturalite.fr

Lu 5872 fois Dernière modification le lundi, 06 novembre 2017 09:54

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