Quand le voyage d’affaires devient « bleisure »

Quand le voyage d’affaires devient « bleisure »

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Si la pratique n’est pas forcément nouvelle, elle se répand de plus en plus aujourd’hui au point d’être prise en compte par les entreprises dans leurs politiques voyages. Le bleisure - association de business et de leisure, autrement dit des affaires et des loisirs – se révèle au grand jour, notamment sous la pression des nouvelles générations de voyageurs d’affaires.

Le voyage daffaires devient BleisureLe constat est sans appel : 82 % des voyageurs d’affaires français interrogés déclarent pratiquer le bleisure dans le cadre de leurs déplacements professionnels, selon une étude Ifop de mars 2019, réalisée pour Emirates, en collaboration avec TBWA Corporate. Cependant aujourd’hui, pour 53 % des voyageurs d’affaires, consacrer une partie du déplacement à des activités de loisirs dans le lieu de destination reste encore occasionnel. Ils sont pourtant déjà 18 % à associer affaires et loisirs de manière régulière. Fait marquant, la proportion des adeptes réguliers du bleisure grimpe à 33 % pour les « millenials » âgés de 25 à 34 ans. Désormais, le fait de favoriser la pratique du bleisure est même devenu un argument supplémentaire pour l’entreprise cherchant à recruter de nouveaux talents et à fidéliser ses collaborateurs. En effet, 80 % des voyageurs interrogés affirment que la possibilité de recourir au bleisure aura une influence dans leur choix en cas de changement d’entreprise. Si 29 % se disent tout à fait persuadés de cette affirmation, et 51 % plutôt persuadés, les millenials sont pour leur part davantage catégoriques. Pour 43 % des 28-34 ans, c’est même une certitude clairement affichée, leur préférence ira pour une entreprise favorisant cette pratique. Aux yeux des voyageurs d’affaires, le bleisure ne présente que des avantages : pour 92 % d’entre eux c’est un bon moyen pour s’épanouir davantage dans sa vie professionnelle, une excellente manière de concilier vie privée et vie professionnelle (91 %) ou encore de renforcer l’attrait pour son activité professionnelle (91 %).

Prendre en compte le bleisure

L’étude Acte Global et American Express Global Business Travel de mai 2018 met aussi en évidence la nécessité d’une politique voyages moins restrictive en termes de choix et de pratiques. Plus de 37 % des Travel Managers questionnés ont constaté, de la part des voyageurs d’affaires, une augmentation des demandes concernant l’équilibre travail – vie personnelle augmenter, soit une croissance de +6 points par rapport à la précédente étude. L’entreprise et les Travel Managers ont donc intérêt à favoriser la dimension bleisure dans leur politique voyages. Par exemple, en accordant la possibilité de décaler les dates d’un déplacement professionnel en avion pour permettre aux voyageurs d’affaires de profiter davantage de la partie loisirs. Selon l’étude Ifop pour Emirates, 75 % des voyageurs d’affaires se disent prêts à saisir l’opportunité de prolonger leur séjour pendant le week-end. Toujours selon cette enquête, 58 % des voyageurs d’affaires profitent de leur déplacement pour visiter la ville, faire du shopping (12 %), se détendre (12 %), vivre des expériences gastronomiques (11 %) et même faire de nouvelles connaissances (5 %). Enfin, au palmarès des villes les plus « inspirantes » en matière de bleisure, les voyageurs d’affaires français citent New-York (59 %), Londres (43 %) et Madrid (28 %). Un constat déjà dressé en 2016 par Transavia, la filiale low cost d’Air France-KLM, qui faisait remarquer dans une étude réalisée pour son compte par CSA que 85 % des voyageurs d’affaires français avaient déjà profité d’un déplacement professionnel pour faire du tourisme. Transavia a même incité, par une campagne d’affichage, cette pratique auprès des voyageurs d’affaires avec le slogan « En voyages d’affaires, profiter ne coûte pas plus cher ».

Donner le choix en matière d’hôtellerie

Pour satisfaire le voyageur d’affaires, il faut également élargir le choix des hébergements, par exemple en privilégiant le centre-ville, sans limiter le programme hôtelier, aux chaînes situées en périphérie. Autre solution à envisager, la possibilité de recourir à des hébergements alternatifs, comme des appartements en location ou encore des apparthotels à partager. Sur Airbnb par exemple, déjà 15 % des séjours sont réservés à titre professionnel. La plateforme a même lancé un site dédié aux déplacements professionnels qui totalise, rien que pour la France, 150 000 voyageurs professionnels inscrits sur ce service. Un succès favorisé, bien évidemment, par la possibilité d’étendre la durée de réservation pour y inclure un week-end. Les éditeurs de solution de gestion des déplacements professionnels ne sont pas en reste. Par exemple, AirPlus a conclu un accord avec Airbnb pour permettre aux entreprises de réserver des logements et d’effectuer des paiements centralisés, comme c’est le cas depuis longtemps avec la filière hôtelière traditionnelle.

Les écueils à éviter pour l’entreprise

De plus en plus d’entreprises ont pris en compte cette nouvelle tendance du voyage d’affaires. Selon l’étude 2019 de National Car Rental, 76 % des chefs d’entreprise et Travel Managers interrogés affirment inciter leurs voyageurs d’affaires à prendre en compte la dimension bleisure dans leurs déplacements professionnels. Cependant, si la pratique semble de plus en plus tolérée, voire encouragée, dans les entreprises, elle n’est pas pour autant systématiquement formalisée. Selon l’enquête CSA pour Transavia, 78 % des voyageurs d’affaires n’ont pas peur de dire qu’ils prennent du temps personnel en déplacement professionnel sans crainte de jugement de la part de leurs collègues. Il est vrai que, en contrepartie, 76 % des personnes interrogés répondent à leurs mails professionnels aussi en dehors de leurs horaires de travail. Il n’en reste pas moins que cette étude constate que si la pratique est de plus en plus admise, il n’existe pas de véritable politique « bleisure travel » au sein des entreprises françaises.

Pourtant plusieurs problématiques se posent. En matière de facturation, les Travel Managers doivent veiller à ce que les dépenses professionnelles soient bien séparées de celles effectuées à titre personnel, et que ce ne soit pas le moyen de paiement de l’entreprise qui soit utilisé dans tous les cas. La traçabilité et la visibilité dont bénéficient les moyens de paiements centralisés seront très utiles à l’entreprise pour bien maîtriser la frontière parfois floue des frais professionnels et des dépenses personnelles.

La sécurité en question

Une autre problématique importante est liée à l’obligation de sécurité de l’employeur envers ses collaborateurs en déplacement. Il vaut mieux formaliser la pratique, par exemple en obligeant les collaborateurs souhaitant prolonger un séjour d’affaires pour le week-end d’en faire la demande par écrit. L’employeur peut ainsi lui donner son accord en retour, toujours par écrit, en dégageant sa responsabilité pour la partie excédant la durée de la mission confiée par l’entreprise. D’une manière générale, la pratique du bleisure devra être encadrée par l’entreprise si elle souhaite maintenir ses objectifs d’optimisation du budget voyages. Les Travel Managers peuvent aussi y trouver de nouveaux leviers d’optimisation : par exemple, certaines compagnies aériennes proposent des vols à de meilleurs prix dès lors que le séjour comprend aussi une nuit de samedi à dimanche. Faciliter la pratique du « bleisure », dans un cadre bien défini, peut s’avérer une stratégie payante pour les entreprises qui sauront apprivoiser cette tendance bien partie pour durer !

Lu 463 fois Dernière modification le lundi, 17 juin 2019 09:49
Laurent Locurcio

Journaliste économique, il a notamment collaboré avec la presse spécialisée dont La Tribune, Le Point, Le Monde, LSA, Sport Eco, et bien entendu GPO Magazine. Il a également participé au lancement de titres de presse et a été rédacteur en chef  d’un important magazine d’entreprise. Auteur également de livres d’entreprises, il intervient aussi auprès d’étudiants en formation multi-médias.

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