Le boulet du financement entrave le développement des ETI françaises

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« Nous avons besoin d’encourager les investisseurs et les entrepreneurs à aller plus vite et plus fort ». Le volontarisme affiché par Emmanuel Macron lors du dernier salon VivaTech en dit long sur l'urgence de soutenir les start-ups et ETI innovantes en France, dans une logique de réindustrialisation et de création d'emploi. Mais face à ce défi à la fois technologique et international, les entreprises françaises cotées restent freinées par des règles d'investissement parfois trop rigides.

Deux ans après le statu quo imposé par la pandémie de Covid 19, et après un retour à la normale plein d'espoir, nombre de start-ups françaises se retrouvent engluées dans une autre forme de confinement : celui de la grande difficulté à trouver le financement nécessaire à leur développement. De lourdes incertitudes pèsent en effet sur les moyens de soutenir l'innovation, comme le rappelle un récent rapport de l'Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI) sur le sujet, précisant que « la fin de l'argent pas cher a des conséquences néfastes sur les montants de capital-risque disponibles », qui ont chuté de 40% dès 2022, et 47% au premier semestre de 2023. Au classement mondial de l'innovation, la France n'occupe d'ailleurs que la onzième place.

Pourtant, le financement des startups et des PME innovantes est plus que jamais une priorité pour le gouvernement français, comme en témoigne notamment le dispositif « Jeunes Entreprises d’Innovation et de croissance », préconisé dans le rapport du député Paul Midy. Le plan doit apporter 3,5 milliards d’euros à ces jeunes pousses françaises, à travers notamment des aides amplifiées à l'embauche, des exonérations de charges et un crédit impôt recherche « à la source » en faveur des startups de la tech.

Parmi la batterie de possibilités évoquées pour amorcer la pompe du financement, la Banque de France propose aussi de mobiliser l'épargne des Français (5,8 milliards d’euros à fin 2022) en faveur des PME et des ETI. Des solutions qui ont d'ailleurs prouvé leur efficacité. La start-up grenobloise Verkor, spécialisée dans la production de batteries électriques, a ainsi réuni 2 milliards d'euros pour construire sa gigafactory à Dunkerque en misant sur plusieurs dispositifs, dont un prêt de 600 millions d'euros de la BEI et 659 millions d'euros de subventions de l’État dans le cadre du mécanisme des Projets Importants d'Intérêt Européen Commun (PIIEC).

Les limites de la banque traditionnelle

Mais ce montage fait figure d'exception dans le paysage des startups françaises qui ne peuvent pas profiter de cette providence économique. Dans ce même secteur des véhicules électriques, le spécialiste des bornes de recharge DBT a même frôlé la catastrophe, après trente ans de développement et d'investissement dans la recherche, lors d'une période particulièrement difficile au début des années 2020 : « Quand vous enchaînez trois bilans dans le rouge, il n'y a plus aucune banque pour vous soutenir. Même les banques avec lesquelles nous avions des emprunts et qui risquaient donc de perdre leurs créances en cas de faillite nous tournaient le dos », se souvient le PDG, Alexandre Borgoltz. Celui-ci a fait alors l'expérience des limites de l'accompagnement de la banque traditionnelle, qui n'a pas toujours les outils, ou la volonté, pour répondre à des besoins de financement urgents et massifs.

Financement ETI

Des limites qui concernent aussi les start-up en début de parcours, comme l'a constaté Anthony Douchy au moment de lancer son application Anto.info, première plateforme vocale participative d'information événementielle et touristique : « Pour assurer ce démarrage, j'ai privilégié une stratégie financière de proximité, en demandant à mes proches de devenir les partenaires financiers du projet... C'est cette base qui m'a permis d'accéder à un prêt de la BPI, puis de finaliser ma première véritable levée de fonds auprès de business angels, près d'un an après la création de la société ».

De son côté, Alexandre Borgoltz est finalement sorti de l'ornière grâce à un premier accord de financement de plus de 10 M€ par OCABSA (Obligations convertibles en actions avec bons de souscription d’actions) : « Cela nous a permis d'honorer le carnet de commandes en cours et de « rebooster » toute l'activité. Je peux dire que ce partenariat financier nous a sauvé ! ».

Pourtant, ces solutions sont souvent « diabolisées », y compris par l'Autorité des Marchés Financiers (AMF), qui met en garde contre les risques liés à ce type d'opération financière : « Les financements sous forme d'OCABSA sont donc des opérations extrêmement complexes susceptibles de créer une forte pression baissière sur le cours de bourse, et conduire à une dilution significative des actionnaires ». Un constat indéniable, mais qui ne peut conduire à nier la pertinence et l'efficacité des OCABSA à cette période « charnière » de fort développement, donc de grand besoin de ressources financières.

« Souvent, ces produits financiers sont utilisés de manière défensive car l’entreprise est en difficulté ; le problème a donc eu lieu en amont, lorsque l’entreprise rencontre des problèmes financiers graves sans trouver de solutions de financement traditionnelles », confirme Dominique Ceolin, PDG de la société ABC arbitrage, et spécialiste des solutions de gestion alternative sur les marchés financiers : « La seule solution qui lui reste peut alors être des produits de type OCABSA ».

Dans ces conditions, comment expliquer la frilosité de l'Autorité des marchés vis-à-vis de ces financements alternatifs ? « L’AMF est particulièrement précautionneuse et en alerte parce que les politiques ont du mal à accepter que, comme tout autre investissement, les marchés financiers constituent un risque et que chacun doit prendre ses responsabilités », répond Dominique Ceolin ; « Les investisseurs, bien logiquement, sont très contents que leurs actions prennent de la valeur. Mais certains refusent la responsabilité de leurs choix initiaux quand ils s’avèrent perdants ».

« Savoir décider très vite »

Mieux s'adapter aux réalités des start-ups et ETI : n'est-ce pas également le sens du discours d'Emmanuel Macron prononcé lors du dernier salon VivaTech ? Le Président de la République y a défini les objectifs de réindustrialisation et d’innovation, notamment dans des secteurs clés comme le quantique et l'intelligence artificielle, mais également « dans absolument tous les segments industriels qui révolutionnent les méthodes de production, voire les produits industriels eux-mêmes ». Le chef de l’État ajoute également qu’« on a très clairement sur ce sujet une accélération technologique qui fait qu'on le voit bien : la clé est de savoir décider très vite, d'investir massivement pour être au sommet de la vague ».  

Un discours particulièrement pertinent dans le secteur des medtech, des biotech ou des « climate tech », dont le français Europlasma est l'un des fleurons. Experte des solutions de dépollution, pionnière et unique référence au niveau mondial dans le domaine de la décarbonation industrielle, l'entreprise n'aurait pas pu atteindre cette taille critique sans l'appui financier d’Alpha Blue Ocean, un family office avec lequel la société a conclu en 2019 un premier accord de financement sous forme d’OCABSA à hauteur de 100 millions d’euros sur sept ans. « Une agilité financière nécessaire à la concrétisation des très nombreuses sollicitations commerciales que nous recevions », explique Jérôme Garnache-Creuillot, PDG d’Europlasma, qui se souvient de l'incompréhension des investisseurs traditionnels à l'époque.

Ce décalage entre les besoins des entreprises innovantes et le secteur financier - qui explique en partie les mises en garde de l'AMF vis-à-vis des financements alternatifs - est aussi ce qui sépare souvent l'économie réelle du monde de la finance. Or l'enjeu est de taille et prend une dimension politique et socio-économique, comme le souligne Stéphanie Hospital, fondatrice et CEO du fonds de capital-risque OneRagtime pour qui « investir dans l’économie réelle présente non seulement un intérêt en termes de rendements, mais c’est aussi un moyen de soutenir la création d’emploi, la réindustrialisation, la souveraineté et la décarbonation ».

Lu 1746 fois Dernière modification le jeudi, 07 mars 2024 08:50
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