Formation continue : peut-on vraiment évoluer sans maîtriser l’anglais ?

Selon une étude Ipsos publiée en 2022, 32 % des actifs français déclarent avoir déjà renoncé à postuler à une offre d’emploi en raison de leur niveau d’anglais, 35 % affirment avoir déjà été refusés pour cette même raison, et 78 % jugent leur niveau insuffisant. Ces chiffres traduisent une réalité concrète : l’anglais n’est plus une compétence différenciante, il est devenu un critère d’accès.

Un plafond de verre linguistique

Dans de nombreuses entreprises, l’anglais conditionne aujourd’hui l’accès aux fonctions à responsabilité. Management d’équipes internationales, négociations avec des partenaires étrangers, participation à des comités stratégiques. Ce plafond de verre est rarement formalisé. Il n’apparaît pas dans les fiches de poste, mais il influence les trajectoires.

Comprendre un mail en anglais ne suffit plus. Il faut savoir improviser en réunion, défendre un point de vue, argumenter face à un interlocuteur étranger. C’est souvent à ce moment que le blocage apparaît.

Où se situe réellement la France ?

Selon l’édition 2025 de l’EF English Proficiency Index, qui analyse les résultats de plus de 2 millions d’adultes dans 123 pays, la France se classe 38ᵉ mondiale avec un score de 539 points, soit un niveau qualifié de “modéré”. L’étude souligne notamment une difficulté persistante sur l’expression orale. Or, dans le monde professionnel, la langue est d’abord un outil d’interaction immédiate.

Le coût d’un blocage invisible

Lorsque 35 % des actifs déclarent avoir déjà été refusés pour une opportunité en raison de leur niveau d’anglais, la question n’est donc plus académique. Elle devient stratégique : une promotion différée, une mobilité internationale écartée, une prise de responsabilité retardée…

À l’international, plusieurs études mettent en évidence une corrélation entre la maîtrise de l’anglais et le niveau de rémunération. Une enquête menée par Pearson en 2024 auprès de 5 000 locuteurs non natifs montre que 80 % des répondants associent la maîtrise de l’anglais à un potentiel de gains plus élevé. Les locuteurs avancés se déclarent également significativement plus satisfaits de leurs revenus que les débutants.

À cette dimension salariale s’ajoute une inquiétude plus récente : près de 40 % des personnes interrogées estiment que leur emploi pourrait être remplacé par l’intelligence artificielle dans les cinq prochaines années. Et plus de 40 % déclarent apprendre l’anglais pour limiter l’impact de l’automatisation sur leur trajectoire professionnelle.

Cette prise de conscience s’est notamment traduite ces dernières années dans les usages de la formation continue. Selon les données 2025 publiées par la Caisse des Dépôts, les formations en langues se situent parmi les trois catégories les plus mobilisées dans le cadre du Compte Personnel de Formation (CPF), après le permis de conduire et le bilan de compétences.

Si autant d’actifs ont choisi d’y consacrer leurs droits, c’est qu’ils identifient la maîtrise d’une langue comme un levier concret d’évolution et de sécurisation professionnelle, même dans un contexte d’accès aujourd’hui plus encadré.

Pourquoi la question se pose souvent à 35-45 ans ?

Dans nos centres My English School, nous observons une forte demande de la part des actifs âgés de 35 à 45 ans. Beaucoup arrivent à un moment charnière de leur carrière, où l’anglais devient un levier d’évolution plus qu’une simple compétence complémentaire. C’est souvent à cet âge que les responsabilités évoluent : accès au management, mobilité internationale et exposition stratégique. L’anglais cesse d’être académique pour devenir opérationnel.

Les profils que nous accompagnons ne recherchent pas un diplôme supplémentaire. Ils veulent pouvoir intervenir sans stress en réunion, négocier sans traducteur, représenter leur entreprise à l’étranger.

Un enjeu de compétitivité collective

Au-delà des parcours individuels, la question engage aussi la place des entreprises françaises dans un environnement internationalisé. De nombreux travaux en économie internationale montrent qu’une langue commune réduit les coûts de transaction entre partenaires commerciaux et favorise les échanges bilatéraux (voir notamment Melitz, 2008 ; Egger & Lassmann, 2012).

Elle facilite la négociation, limite les incompréhensions contractuelles et fluidifie la coordination entre organisations situées dans des pays différents. Dans un monde où les chaînes de valeur sont fragmentées et les échanges permanents, ces frictions linguistiques peuvent devenir un facteur de ralentissement.

La maîtrise d’une langue de travail partagée, comme l’anglais dans de nombreux secteurs, ne détermine pas à elle seule la performance d’un pays. Mais elle participe à sa capacité à coopérer efficacement, à attirer des talents et à interagir sans intermédiaire avec des partenaires étrangers.

Dans un contexte de concurrence accrue, la question dépasse donc la simple compétence personnelle. Elle touche à la capacité collective à dialoguer, négocier et s’inscrire durablement dans des dynamiques internationales.

Par Paul Fontaine, ancien instructeur d’anglais de la Marine nationale et directeur de My English School Bordeaux Centre et Mérignac


Crédit Photo : ©Sirone Photographie

 

 

 

 

 

 

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