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Philippe Arraou, CSOEC - Expert-comptable, entrepreneur et vigneron

Philippe Arraou, CSOEC - Expert-comptable, entrepreneur et vigneron

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En France, les experts-comptables ont un Ordre professionnel en tout point comparable à celui des avocats. Véritables ingénieurs des chiffres et de la finance de l’entreprise, ils s’inscrivent dans une tradition de haut professionnalisme, de rigueur et d’éthique. Nous avons rencontré Philippe Arraou, vice-président du Conseil Supérieur de l’Ordre des Experts-Comptables et aussi Rapporteur du Congrès 2012. Avec des cabinets installés à Pau, à Paris mais aussi à Barcelone, sa dynamique d’entrepreneur est ancrée à ses passions.

Entretien avec Philippe Arraou, Vice-Président du Conseil Supérieur de l’Ordre des Experts-Comptables (CSOEC)

GPO Magazine : Quels sont, d’après vous, les paramètres de la réussite en tant qu’entrepreneur ?
Philippe Arraou : Je crois d’abord qu’il faut déve­lopper une foi indéfectible, c'est-à-dire avoir un moteur puissant qui permet d’avancer en franchissant les nombreux obstacles. Il ne faut pas nier qu’il y ait des obstacles dans la vie d’un entrepreneur ; c’est même ce qui caractérise la gestion d’une entreprise. Pour être capable de les affronter, de les contourner, il faut cette force. Cette force est une qualité naturelle. On l’a ou on ne l’a pas. Elle peut aussi s’exprimer par l’enthousiasme, le courage et la pugnacité.
Ensuite, l’une des clés de la réussite repose sur le relationnel et sur l’implication dans un milieu - que ce milieu soit un secteur d’activité, une région, une ville… peu importe - l’entrepreneur doit avoir et savoir exploiter un tissu de relations autour de lui, dans lequel il instaure la confiance. Ce tissu permet de bâtir un projet professionnel.
A contrario, lorsque l’on n’a pas cette trame relationnelle, l’entrepreneur perd un temps précieux qui peut être de nature à altérer son projet. Il faut très rapidement créer son réseau. Enfin, bien entendu, l’entre­preneur créateur qui réussit doit détenir un bagage technique et maîtriser son métier.

 
GPO Magazine : La formation et le cursus sont-ils les conditions du succès ?
P. A. : Pas nécessairement. Nous voyons souvent des chefs d’entreprises qui réussissent sans avoir de formation ni de diplômes supérieurs. Cela prouve bien que le caractère, les qualités humaines et la créativité priment sur le cursus. Un chef d’entreprise doit être capable d’entraînement, d’être cette locomotive qui est un élément déterminant pour rayonner et dégager l’enthousiasme.

GPO Magazine : La période de crise que nous traversons fait subir au chef d’entreprise un stress considérable. Si vous deviez extraire une seule qualité parmi toutes celles que vous venez de définir, laquelle retiendriez-vous ?
P. A. : Probablement la créativité ! Dans cet univers d’hyper compétitivité où nombre d’idées arrivent un peu à bout de souffle, il me paraît fondamentalde développer une très haute dose de créativité et d’originalité. C’est une condition pour sortir du lot !

GPO Magazine : Vous connaissez bien l’Espagne. Voyez-vous des différences entre entrepreneurs espagnols et français ?
P. A. : Non, je suis convaincu que les qualités majeures nécessaires pour être un entrepreneur sont partagées et universelles. Aujourd’hui avec l’Europe, les entrepreneurs se ressemblent un peu tous, les techniques de gestion et de management sont pratiquement les mêmes. Je ne discerne pas de différences culturelles qui seraient de nature à faire une véritable différence.

GPO Magazine : Vice-président du CSOEC1, spécialiste des relations avec l’Espagne, vous êtes aussi Rappor­teur du Congrès 2012. En quoi cela consiste-t-il ?
P. A. : C’est celui qui conçoit, structure, organise, monte une équipe pour piloter l’événement. C’est une opération annuelle particulièrement importante pour ma profession. En 2011, à Marseille, elle a rassemblé près de 5.000 experts-comptables, cette année nous en attendons 7.000, soit le tiers de nos membres, à Paris du 3 au 5 octobre 2012.

GPO Magazine : Pourquoi le Rapporteur du Congrès change-t-il chaque année ?
P. A. : C’est un choix du Conseil de l’Ordre, avec la volonté de donner une orientation, une impulsion, une dynamique nouvelle chaque année. Chaque
rapporteur se consacre au thème adopté et explore les champs du possible de la thématique retenue. Cet événement est très suivi car il amène des
réponses concrètes aux attentes et aux besoins professionnels. C’est le grand rendez-vous des experts-comptables.

GPO Magazine : Vous êtes les Ingénieurs des chiffres et de la finance de l’entreprise. Depuis quelques temps, un vent de simplification souffle en Europe. Favorise-t-elle la PME et la TPE ?
P. A. : Il faut bien faire la nuance pour s’assurer de la pertinence de la simplification envisagée. C’est une boite de Pandore où peuvent se glisser de fausses bonnes idées. Les experts-comptables sont bien placés pour apporter de vraies propositions de simplifications, notamment pour les obligations
déclaratives des TPE et PME que nous connaissons bien pour les assumer presque toutes.

GPO Magazine : Cette mission déclarative n’est-elle pas envahissante ?
P. A. : Les déclarations administratives absorbent une grande partie, voire assèchent complément le montant des honoraires que l’entreprise est capable de nous accorder. Cela nous désole. Cette contrainte administrative réduit notre marge de manœuvre et nous empêche de développer la mission de conseil qui entre totalement dans notre compétence.
Le conseil optimise notre proximité avec le chef d’entreprise pour aborder des questions au-delà des comptes et des chiffres.

GPO Magazine : Pour résoudre ce problème, voyez-vous des solutions ?
P. A. : Il est certain que la simplification ne peut venir des entreprises elles-mêmes. C’est une des missions et c’est le rôle du Conseil National de l’Ordre que d’être en relation avec les pouvoirs publics et avec notre ministère de tutelle à Bercy. Un exemple : nous devons souvent transmettre les mêmes informations ou les mêmes documents à différents services de l’administration. Une simplification sur ce point paraît évidente, elle n’est pas pour autant facile. Heureusement les choses avancent, notamment avec le déploiement des télé-déclarations qui passent par Internet.

GPO Magazine : Les pouvoirs publics se rendent-ils compte que la simplification est à double détente et qu’elle permet précisément à l’expert-comptable de dégager du temps pour le conseil ?
P. A. : Ils en ont pleinement conscience. Le ministère de l’Économie collabore très activement avec le CSOEC à la simplification administrative, qui inclut le sujet qui nous occupe. Je vous rappelle qu’un secrétaire d’État, Frédéric Lefebvre, est spécifiquement en charge de cette question. Bercy sait parfaitement que plus les experts-comptables augmentent le temps consacré au conseil, mieux les entreprises se portent. C’est un enjeu économique national pour notre compétitivité ; on en parle finalement peu mais il est majeur.

GPO Magazine : Concrètement, lorsque vous en avez le temps, comment mettez-vous en œuvre cette mission de conseil et d’accompagnement ?
P. A. : Nous n’avons pas nécessairement besoin de beaucoup de temps pour développer un conseil de valeur. Il suffit souvent de discuter un peu plus longtemps et surtout régulièrement avec l’entrepreneur. Nous voyons alors des éléments que les seuls chiffres ne peuvent révéler. Pour pleinement réussir cet
accompagnement, il est impératif d’entretenir un climat de confiance avec le dirigeant. À nous d’établir cette qualité relationnelle qui donnera l’envie au chef d’entreprise de nous donner tous les éléments et paramètres de son entreprise, de sa psychologie, de sa stratégie, de ses doutes et de ses ambitions. Lorsque cette confiance est acquise, elle est un levier puissant. Elle nous permet, ipso facto, de lui déployer pleinement la dimension de conseil. À ce titre un expert-comptable est comparable au médecin. Un patient ne doit-il pas tout dire à son médecin ?

GPO Magazine : Le CSOEC vient de lancer une Assurance santé de l’entreprise, pourquoi est-ce important ?
P. A. : Rappelons que cette assurance permet de déclencher le paiement couvrant les honoraires des conseils extérieurs lorsque l’entreprise est en difficulté, alors que sa trésorerie est généralement exsangue. Logée dans la Responsabilité Civile du Mandataire social, à laquelle pratiquement aucun dirigeant de PME ne souscrit, cette assurance est le fruit d’un accord avec trois grandes compagnies d’assurance2. Elle vient sanctuariser le rôle de l’expert-comptable. Dans une phase de crise, l’entrepreneur doit plus que jamais être entouré de professionnels. Cette assurance, qui est en France une petite révolution, nous la devons à la pugnacité de notre Présidente, Agnès Bricard. Ce service est notoirement important pour le patron de PME ou de TPE. En période de difficulté, il lui offre la possibilité d’être lucide et de faire son auto-diagnostic, en étant lui-même à l’origine du déclenchement de l’assurance.
Il faut dire que la crise a relativement banalisé les situations de difficultés. Les chefs d’entreprises en parlent plus facilement sans être pour autant accablés par ce sentiment d’une certaine « honte » qui régnait autrefois. Cette démarche, toujours courageuse, honore même le dirigeant. C’est évidemment un point positif, car plus nous intervenons tôt et plus les chances de mettre en œuvre les solutions sont importantes.

GPO Magazine : Aucune réserve donc sur cette assurance ?
P. A. : Non, aucune sur le fond. Mais il est certain qu’elle mettra un peu de temps à se généraliser auprès des patrons de PME et de TPE. N’oublions pas que nous sommes dans le préventif et que cette solution simplifie et facilite leur démarche, en leur donnant toutes les chances d’éviter le traumatisme de la procédure collective. Il faut hélas craindre que la crise n’offre pas à cette assurance les conditions qui accéléreront son déclenchement.

GPO Magazine : Le Conseil de l’Ordre a mis également au point un moyen pour la TPE de régler une impasse de trésorerie. Pouvez-vous nous en parler ?
P. A. : La TPE ou le petit commerçant qui se trouve dans cette situation pour 5, 10 ou 15.000 € n’a d’autre solution que de demander à son banquier un découvert - lorsqu’il l’accepte - avec des taux de 12 à 22 %. Insoutenable ! Les banques aiment le fongible : immobilier, machines de production,
véhicule, etc… En revanche elles ont horreur du non fongible qu’est une impasse de trésorerie. Nous avons donc inventé un crédit moyen terme, dont la cohérence des hypothèses de travail n’est plus sous la seule responsabilité du dirigeant, mais validée par l’expert-comptable. Cela change tout. Cette possibilité, exclusivement destinée à la TPE et plafonnée à 25.000 €, est un progrès considérable ; il instaure cet indispensable relationnel de confiance entre la banque et l’entreprise, à laquelle l’expert-comptable apporte désormais sa caution et son éthique.

GPO Magazine : Parlons un peu de vous. Pourquoi avez-vous choisi ce métier ?
P. A. : C’est très simple. Après un début de carrière entamée dans l’entreprise, ce métier m’a rapidement attiré pour ses valeurs d’éthique. Il m’a aussi permis de faire le choix de l’indépendance. J’aime les chiffres, mais ils ne sont qu’un tableau de bord. Ils nous permettent d’aller plus loin. Les comptes sont un outil de communication avec le dirigeant : il faut les faire parler, ce qui est passionnant. Je vais vous faire une confidence : avant de m’orienter définitivement vers l’expertise comptable, j’avais commencé des études littéraires.

GPO Magazine : Quelle est votre plus grande qualité ?
P. A. : L’empathie, l’envie d’écouter et de comprendre le chef d’entreprise pour l’accompagner dans son projet. Nos clients nous font partager leur passion, et nous sommes pleinement efficaces en nous impliquant au plus proche, tout en conservant l’indépendance qui caractérise notre exercice professionnel.

GPO Magazine : Et votre plus grand défaut ?
P. A. : L’empathie poussée trop loin, chacun ayant les défauts de ses qualités.

GPO Magazine : Avez-vous une passion extra professionnelle ?
P. A. : Il y a quelques années, je me suis lancé dans une production de vin de Jurançon. C’est une petite entreprise de 5 hectares de vignes qui produisent 15.000 bouteilles par an, avec deux salariés. L’objet est de faire un produit de qualité, dans le cadre de l’agriculture biologique et traditionnelle. Inutile de vous dire qu’au-delà de l’esprit d’entreprise, c’est la recherche d’un plaisir.
J’ose à peine vous avouer son appellation qui est le fruit de l’histoire… il s’appelle Château Lafitte.

GPO Magazine : De quoi êtes-vous le plus fier dans votre vie ?
P. A. : De ma liberté et de mon indépendance.


Propos recueillis par Philippe Dermagne

Le Conseil Supérieur de l'Ordre des Experts-Comptables

Date de fondation : 1945
Nombre de membres : 19000
Emplois du secteur : 180000
Présidente : Agnès Bricard



Lu 10994 fois Dernière modification le jeudi, 01 octobre 2015 15:25
Philippe Dermagne

En 1980, il crée sa propre société, une agence de publicité dédiée au BtoB, à la communication par l’écrit et à la motivation des forces de ventes. En 1995, il fonde l’une des toute premières agences multimédia française, en mettant en place un développement international en Suède, UK et Brésil. Depuis 2007, il est un journaliste qui présente la particularité d’avoir plus de 30 années d’expérience en tant qu’entrepreneur.
Ses terrains de prédilections : les RH, le développement durable, la gestion de flotte automobile. Son second métier : l’animation de colloques, tribunes et grands séminaires d’entreprise.

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