Véhicules d’entreprise : un choix toujours plus complexe

Véhicules d’entreprise : un choix toujours plus complexe

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Le choix des véhicules d'entreprise devient toujours plus complexe. Les contraintes environnementales, les évolutions technologiques, les dispositions fiscales changeant sans cesse sont autant de facteurs qui rendent plus difficile le choix d'une motorisation.

Dernier exemple en date, celui du projet de remboursement de la TVA sur l'essence. En fait, il s'agit d'instaurer la récupération progressive de la TVA sur l’essence pour les véhicules d’entreprise afin de l'aligner sur celle du gazole. L’amendement a été approuvé en octobre par l’Assemblée nationale lors de l’examen de la première partie du projet de loi de finances pour 2017. Ce texte prévoit un alignement en cinq ans du régime fiscal de l’essence par rapport à celui du gazole, qui bénéficie de 80 % de déductibilité. Il s’agit de permettre un remboursement de la TVA sur l’essence à hauteur de 10 % en 2017, 20 % en 2018, 40 % en 2019, 60 % en 2020 et de 80 %, à partir de 2021, pour les voitures parti­culières. Le même dispositif serait appliqué aux véhicules utilitaires légers à compter de 2018, à la différence près qu’ils récupéreraient 100 % de la TVA sur l’essence, comme c’est actuellement le cas sur le diesel. Reste à savoir si cette mesure sera bien inscrite définitivement dans la loi de finances d'autant que la filière automobile française, moins concurrentielle sur les modèles essence que diesel, fait part de craintes sur l'emploi. C'est d'ailleurs ce qui justifie aussi l'entrée en vigueur de la mesure de manière progressive.

Diversification énergétique
Quel sera l'impact de cette mesure, si elle venait à être définitivement adoptée, sur les flottes de véhicules d'entreprise ? Ce qui est certain, c'est que la tendance, qui est déjà à une diversification lente des énergies dans les entreprises, pourrait s'accélérer en faveur des motorisations essence, au détriment du diesel. Les entreprises sont d'ailleurs dans une phase d'attentisme. Selon les statistiques de l'Observatoire du Véhicule d'Entreprise, le marché du véhicule d'entreprise a marqué un coup d'arrêt en octobre avec une chute de 3,2 % des immatriculations de VP et de VUL qui se sont établies à 65 984 unités. Pourtant, le marché entreprises avait été plutôt bien orienté jusque là avec une hausse en cumul sur les dix premiers mois de l'année de 8,4 % pour atteindre 638 225 unités. Le diesel continue de se tailler la part du lion avec 86 % des parts de marché des nouvelles immatriculations entreprises en 2016. C'est encore sur le secteur des VP d'entreprise que l'essence résiste encore avec un peu plus de 17 % des immatriculations, le petit coup de pouce fiscal devrait lui redonner quelques points face au diesel.

Des motorisations vertes
Même si elle reste encore minime, la voiture électrique commence à pointer le bout de sa calan­dre dans les classements de certains segments de véhicules d'entreprise. Ainsi, la Renault Zoé était le 3e véhicule le plus immatriculé dans les entreprises dans le segment voitures économiques. Un segment où l'on retrouve des véhicules destinés à un usage urbain et aux courts trajets. Même si la part de l'électrique progresse dans les entreprises, elle ne représentait encore que 1 % des immatriculations au 3e trimestre 2016.
Pour les motorisations hybrides, la situation est plus contrastée depuis le début de l’année avec des bonus à l'achat moins avantageux. Les moto­risations hybrides représentent toutefois plus de 3 % des immatriculations. Conséquence, les ventes de véhicules hybrides en entreprise ont diminué de 17,2 % sur les 10 premiers mois de 2016 pour un total de 12 249 immatri­culations. En 2016, c'est Toyota qui a été la marque plé­biscitée par les entreprises, ayant opté pour des véhicules hybrides, notamment avec les modèles Yaris, Auris et Prius, devant Peugeot, avec la 508 hybride diesel, et Lexus. Pour 2017, les pouvoirs publics ont décidé de supprimer les bonus pour les véhicules hybrides simples mais de les maintenir sur les véhicules hybrides rechargeables.

L'usage prime toujours
« L'alignement de la déductibilité de l'essence sur le gazole devrait permettre de donner plus de place à la motorisation essence pour des véhicules qui font moins de 15 000 km par an », estime Yann Guillaud, analyste flotte automobile chez Euklead. Pour ce spécialiste, cela ne change pas fondamentalement pour autant les règles de base. « Au-dessus de 25 000 km/an, le diesel reste la solution la plus économique, entre 15 000 et 25 000 Km/an le choix d'une moto­risation électrique ou hybride - notamment rechargeable – peut se justifier par le respect de l'environ­nement, et en dessous de 15 000 km, l'essence est une solution à prendre en compte, d'autant plus lorsqu'il y aura un alignement de la déductibilité », détaille Yann Guillaud. « Les entreprises souhaitent aujourd'hui, dans leurs catalogues de véhicules, se voir proposer des sous-segments avec des motorisations hybrides et électriques », confirme-t-il. Après, c'est plutôt l'usage qui oriente le choix pour l'une ou l'autre de ces motorisations « vertes ». « L'électrique sera plutôt destiné à un usage urbain, avec des petits trajets, alors que l'hybride et l'hybride rechargeable répondent mieux à l'éventualité de déplacements plus longs », conclut Yann Guillaud. De plus en plus, les flottes d'entreprise vont se caracté­riser par un « mix énergétique » au niveau des motorisations.

Les utilitaires concernés
Dans le domaine des utilitaires, la situation est encore plus complexe que dans l'automobile. « Nous voyons tous les constructeurs de l'utilitaire au 44 tonnes, et aucun dogme ne se profile à l'horizon », explique Éric Dodin, directeur général adjoint du Groupe Fraikin, en charge des opérations France. Avec un parc de 35 000 véhicules industriels en France et les données issues du milliard de kilomètres parcourus annuellement, Fraikin est toujours le grand spécialiste de la location et du financement de véhicules utilitaires, mais il est également devenu un expert dans le conseil et l'aide à la décision auprès des entreprises. De l'optimisation du parc d'utilitaires, en passant par la gestion de la flotte, la télé­matique embarquée et jusqu'à l'accompa­gnement au changement, Fraikin a ajouté d'autres cordes à son arc pour répondre aux enjeux d'aujourd'hui et de demain. C'est dans cette optique qu'a été lancée Fraikin Business Solution, une entité dédiée au conseil. « Un investissement dans des véhicules plus propres doit avoir une justification à la fois économique, technique et environnementale : c'est un ensemble de critères qui doit être pris en compte », rappelle Éric Dodin.
Fraikin classe les motorisations selon le type d'utilisation, de l'usage très urbain au transport très longues distances. En ville, toutes les énergies sont adaptées, dont l'électrique avec la possibilité de recharger facilement le véhicule. Sur la très longue distance, le gaz liquéfié a des atouts à faire valoir. Mais en matière d'utilitaires ou de longues distances, le diesel a toujours sa place. « Entre 1997 et fin 2014, nous sommes passés de l'Euro 2 à l'Euro 6 et le poids lourd a fait d'énormes progrès afin de limiter les émissions polluantes », rappelle le directeur général adjoint de Fraikin. Avec cette évolution, le diesel conserve sa place en tête des énergies utilisées pour les véhicules industriels. « Maintenant, d'autres véhicules comme l'électrique en milieu urbain ou le GNV sur de plus longues distances se développent mais leur part reste modeste par rapport au diesel », précise-t-il. Mais la donne risque de changer : à l'horizon 2025, les piles à hydrogène et les autoroutes électriques pourraient radicalement changer le parc utilitaire en France. Une perspective dont l'entreprise devra aussi tenir compte dans sa stratégie, avec l'option de la location permettant de s'adapter plus rapidement au changement. Et cela n'est pas de la science-fiction : cet été, la Suède a inauguré le premier tronçon d'autoroute électrifiée pour les poids lourds !

L'électrique, c'est pour demain
Ce qui est certain, c'est que l'automobile, qu'elle soit d'entreprise ou non, est à la croisée des chemins en matière d'énergies. Carlos Ghosn a annoncé début novembre que Renault-Nissan s'apprêtait à lancer une voiture électrique en Chine au prix de 7 200 euros. « Dans moins d'une dizaine d'années, la voiture électrique sera devenue la norme car elle aura résolu les problèmes d'autonomie, elle sera beaucoup moins chère et plus facile à entretenir », pronostique Johan Bogren, expert recyclage chez Euklead, et qui à ce titre s'intéresse d’ores et déjà au devenir de ce type de véhicules qui seront alors produits en masse. « D'un point de vue énergétique, la voiture électrique est beaucoup plus efficace que la motorisation thermique et elle ne comprend qu'une vingtaine de pièces mobiles contre plus de 2000 pour une automobile classique », souligne-t-il encore. Au-delà de la motorisation, les usages vont très certainement évoluer, avec des véhicules non seulement électriques, mais également connectés que l'on pourra partager beaucoup plus facilement qu'aujourd'hui, y compris en entreprise.


Les gestionnaires de parc déjà en route
La part du diesel dans les parcs de flottes automobiles va inéluctablement diminuer. Selon le baromètre OVE 2016, les entreprises françaises estiment que d'ici cinq ans, la part du diesel dans les flottes VP sera passée de 96 % à 84 %.
Une baisse moyenne de 12 %, encore plus marquée dans les entreprises de plus de 1 000 salariés où elle devrait atteindre 17 %. Les gestionnaires de flotte vont donc renforcer, dans leur politique d'achats ou de locations, leur parc essence dès l'année prochaine pour atteindre cet objectif. Le baromètre OVE met également en évidence la volonté des gestionnaires de flotte automobile de recourir davantage aux motorisations alternatives : 36 % des entreprises françaises ont déjàintégré dans leur flotte des modèles électriques, hybrides, hybrides rechargeables, ou roulant au GPL/GNV. D'autre part, 56 % des entreprises envisagent de le faire prochainement. L'hybride (47 %) et l'électrique (38 %) sont actuellement les motorisations les plus présentes – ou qui le seront bientôt - dans les flottes automobiles en France.

Nouveaux usages
L'autre grand enseignement du baromètre 2016 porte sur l'évolution des usages. Ainsi, 43 % des gestionnaires de parcs français pensent que l'autopartage va se développer dans les années à venir. Sur ce point, les gestionnaires comptent sur l'arrivée des jeunes générations dans les entreprises. D'autant que, actuellement, seulement 5 % des salariés seraient prêts à abandonner leur voiture de fonction pour l'autopartage.
En fait les gestionnaires sont toujours à la recherche des solutions permettant de réduire le coût d'utilisation des flottes, et l'autopartage en fait partie. C'est aussi dans le même esprit que les entreprises françaises souhaitent intégrer davantage de télématique dans la gestion de leur flotte, notamment pour le traçage et la localisation des véhicules. Dans ce domaine, avec seulement 23 % des entreprises équipées en matière de télématique, la France est bien en dessous de la moyenne européenne qui se situe à 33 %.

Lu 3424 fois Dernière modification le mercredi, 04 janvier 2017 11:11
Laurent Locurcio

Journaliste économique, il a notamment collaboré avec la presse spécialisée dont La Tribune, Le Point, Le Monde, LSA, Sport Eco, et bien entendu GPO Magazine. Il a également participé au lancement de titres de presse et a été rédacteur en chef  d’un important magazine d’entreprise. Auteur également de livres d’entreprises, il intervient aussi auprès d’étudiants en formation multi-médias.

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