Les nouvelles attentes des investisseurs institutionnels français face aux comptes des entreprises

Etudes Écrit par  jeudi, 06 février 2020 09:09 Taille de police Réduire la taille de la police Augmenter la taille de police
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Levées de fonds, fusions-acquisitions,… pour chacune de ces étapes clé de leur développement, attirer l’attention des investisseurs est devenu un enjeu stratégique pour les entreprises. Dans un contexte d’accélération du monde des affaires, la double injonction de la transparence et du temps réel s’invite dans le quotidien de directeurs administratifs et financiers désormais devenus des business partners, garants de la perception de l’entreprise sur les marchés.

Jusqu’où s’étend vraiment leur responsabilité ? Comment les investisseurs jugent-ils la santé des entreprises où placer leur argent ? C’est pour tenter de le comprendre que BlackLine, acteur mondial de la digitalisation des fonctions comptable et financière, et Censuswide, cabinet d’études indépendant, ont mené l’enquête auprès de 750 investisseurs institutionnels en France et dans le monde, dans le but de cerner leurs attentes et pratiques.

Clarté, transparence, précision : les injonctions des investisseurs aux entreprises

La prise de décision des investisseurs institutionnels est guidée par plusieurs facteurs. Sans réelle surprise, les prévisions de croissance financière de l’entreprise arrivent en première position, 48% des sondés en France jugeant ce critère le plus important parmi tous. En seconde position viennent les tendances du marché nationales ou internationales, citées par 43% des investisseurs français. Les prévisions du secteur d’activité ne semblent en revanche pas un critère essentiel, en particulier en France où seuls 32% y attachent de l’importance.

Parmi les raisons susceptibles de freiner les investisseurs, l’erreur est celle qui pardonne le moins. Plus d’un tiers (36%) des sondés en France indiquent qu’ils pourraient choisir de ne pas investir dans une société si celle-ci avait dû effectuer des ajustements après reporting. Risque de fraude financière (31%), rôles et responsabilités de l’équipe dirigeante pas assez clairs (29%), ou encore recours à la comptabilité dite « créative » (28%) refroidissent également les investisseurs institutionnels. Ceux-ci ne sont en effet pas dupes des pratiques des entreprises : la totalité d’entre eux admettent qu’elles ont recours à ces méthodes — 88% souvent, 12% parfois — pour répondre à leurs attentes ou se rendre plus désirables.

« Même s’il s’agit de pratiques légales en théorie, les investisseurs institutionnels n’apprécient pas que les entreprises tirent parti des failles financières pour présenter leurs chiffres de manière faussement favorable, et tenter de les amadouer », explique Lucie Bordelais, Regional Vice President, BlackLine France. « De manière plus générale, ils se méfient de l'imprévisibilité, de l'incertitude et du manque de lisibilité : les entreprises qui espèrent sécuriser des investissements doivent donc faire preuve de transparence, de précision et de clarté — en somme, de crédibilité ».

Les limites de la comptabilité « créative »

Pour répondre à ces injonctions et séduire les investisseurs, la mise en place de contrôles financiers performants s’impose comme un enjeu crucial : près d’un investisseur sur quatre en France (22%) déclare que des contrôles défaillants pourraient l’empêcher d'investir dans une entreprise. Mais ce n’est pas tout, ils pourraient aussi les pousser à investiguer plus avant sur celle-ci (24%), afin d’éventuellement intervenir dans sa gestion en recommandant des changements à l’équipe dirigeante (26%), voire même imposer certains de ces changements avant d’investir pour 29% d’entre eux.

La justesse et la fiabilité des rapports financiers sont par ailleurs une priorité unanimement partagée par les investisseurs institutionnels. En cas d’erreurs décelées dans son reporting, une majorité d’investisseurs risqueraient de se désengager de la société (55%), ne plus avoir confiance en elle (69%), ou encore chercheraient à savoir d’où ces erreurs proviennent, soulevant ainsi l’épineuse question de la responsabilité (57%). Une question qui verrait le PDG se retrouver en première ligne, 80% le jugeant comme principal responsable, très loin devant le DAF, 21% seulement, et autres comités d’audit ou conseils d'administration : 14% chacun.

« La publication de résultats précis est un enjeu crucial pour les directions d’entreprises, avec des conséquences graves pour celles qui ne parviendraient pas à inspirer confiance, » poursuit Lucie Bordelais. « Plus encore que dans le monde, la présentation de rapports financiers sans faille est un vecteur clé de confiance pour les répondants français ».

Les nouveaux impératifs de la due dilligence à l’heure de l’Intelligence Artificielle

Une confiance qui, malgré ce constat sévère, reste globalement de mise. Deux tiers (65%) des investisseurs français sondés déclarent se fier à la précision des données financières des sociétés appartenant à leur portefeuille, et un peu plus d’un quart (28%), dans une certaine mesure. Forts de leur expérience, les investisseurs institutionnels préfèrent reporter leur vigilance sur les risques de fraude interne (54%), la transparence des déclarations financières (52%), ou encore les procédures de contrôle (46%).

L’une des principales causes de frustration des investisseurs institutionnels repose d’ailleurs sur la promesse du temps réel, lorsque celle-ci n'est pas tenue par l'entreprise (47%). D’autres sources de mécontentement résident dans l'exigence de transparence sur les responsabilités en jeu dans la validation des rapports financiers (42%), et dans la capacité de l'entreprise à analyser ses données pour réagir rapidement aux aléas du marché (40%).

Interrogés à propos de l’émergence des nouvelles technologies, et notamment l’Intelligence Artificielle appliquée à la finance, les investisseurs institutionnels français (48%) semblent moins convaincus que leurs homologues étrangers (69%). Même si le potentiel à venir de l’IA est reconnu par une majorité d’entre eux (52%), près de la moitié ne la jugent pour le moment pas suffisamment évoluée pour répondre aux enjeux exigeants de la finance (48%).

Si la diversité en vogue dans la société s’impose auprès des investisseurs comme un enjeu notamment en termes social (47%), éducatif (47%), mais aussi de genre (45%) ou ethnique (40%), ceux-ci paraissent dans l’incertitude concernant l’avenir. Neuf sondés sur dix concèdent avoir confiance en l’économie (92%), mais ils sont tout autant (92% également) à craindre une période de récession mondiale au cours des 12 à 18 mois. Sur la même période, les investisseurs institutionnels craignent que les travers des entreprises ne s’améliorent guère : fraudes d’envergure dans les grandes sociétés selon 85% d’entre eux, fausses déclarations selon 88%, et enfin… comptabilité « créative » pour 9 sondés sur 10 (89%) en France, seraient en passe d’augmenter.

« Le sentiment des investisseurs par rapport à l’avenir en dit long sur le besoin pour les entreprises de s’adapter dans un environnement où la compétitivité est essentielle », conclut Lucie Bordelais, Regional Vice President, BlackLine France. « Plus que jamais, la nécessité d’un suivi temps réel de leurs finances s’impose, pour garantir une confiance sans faille de la part des investisseurs ».

Méthodologie
Enquête menée en ligne par Censuswide entre le 22 juillet et le 8 août 2019 pour le compte de BlackLine, auprès de 101 investisseurs institutionnels français issus d'organisations gérant plus de 100 millions USD d'actifs ou équivalent. Cette enquête fait partie d’une enquête plus large, menée auprès de 763 investisseurs institutionnels — gestionnaires de risques, gestionnaires de portefeuilles, gestionnaires de fonds, analystes ou encore dirigeants — en Europe (France, Royaume-Uni, Allemagne), aux Etats-Unis, en Australie et à Singapour, issus d'entités — banques commerciales, compagnies d'assurance, fonds spéculatifs, sociétés d'investissement immobilier cotées (SIIC) et banques de conseil en investissement — avec des actifs sous gestion pour une valeur minimale de 100 millions USD.

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