Réduire les risques d’accident de la route des salariés : responsabilité des employeurs ?

Depuis plusieurs années, le nombre d’accidents du travail était à la baisse, notamment en 2020 à cause de la crise sanitaire et des confinements successifs. Mais après cette période, il est constaté ces dernières années un arrêt de la diminution du nombre d’accidents du travail, graves et mortels, avec environ 500 accidents par année (hors accidents de trajet).
Les publics les plus en proie aux accidents du travail graves et mortels sont les jeunes et les nouveaux embauchés (15 % des accidents graves/mortels surviennent lors des trois premiers mois d’embauche), travailleurs intérimaires, indépendants et détachés. En parallèle, il faut avoir à l’esprit que 38 % des accidents corporels impliquent au moins un usager en déplacement domicile-travail ou en déplacement professionnel. En parallèle, 6 millions d’arrêts de travail sont en lien avec un accident sur la route lors d’un trajet domicile / lieu de travail. Cela représente un coût de 725 millions d’euros1 pour les entreprises.
Il est donc crucial que chaque structure déploie, pour ses équipes, un plan de prévention routière. Ce dernier comprend un diagnostic de la sinistralité qui aide, par la suite, à mettre en place des formations de conduite adaptées à chaque collaborateur. L’objectif sera d’augmenter la sécurité individuelle au profit du collectif afin de diminuer les sinistres.
Quelles formations existent pour diminuer les accidents de travail ?
Les formations perfectionnement VL (véhicule léger) et VUL (véhicule utilitaire léger) sont les formations les plus plébiscitées par les entreprises. Elles se composent d’une approche théorique : présentation des nouvelles règles en matière de sécurité routière, rappels des fondamentaux comme notamment le danger des perturbateurs (téléphone …), échange d’expériences entre salariés. Par la suite, place à la pratique afin de comprendre et d’identifier les risques du quotidien. Place à une séance de réalisation de freinage d’urgence ou encore à une simulation de perte d’adhérence.
Bien évidemment, il existe des formations sur-mesure en fonction de telle ou telle problématique. Le socle commun s’adapte aux particularités de chaque entreprise. Ainsi, si pour un client, la problématique est le nombre d’accident lié au trajet domicile/travail, les formateurs réalisent un focus plus particulier sur ce sujet lors de la formation. Il en est de même pour des problèmes liés au téléphone au volant.
L’objectif est d’alerter et de sensibiliser les salariés afin d’éviter des situations dangereuses et, le cas échéant, de pouvoir adopter le bon geste.
Côté entreprise, le but est de sensibiliser et former ses équipes afin de réduire le risque routier. Le risque d’accident doit bien sûr figurer dans le Document unique établi par l’employeur, mais surtout faire l’objet d’une réflexion positive sur les modes de déplacement des collaborateurs, leur comportement au volant, et même l’image que l’entreprise veut diffuser via ses véhicules.
50 %1 des accidents mortels dans le cadre professionnel (trajet et mission) se passent sur la route, dont 20 % dans le cadre d’une mission confiée à un collaborateur. Les 890001 accidents de travail liés à un accident de la route génèrent la perte de plus de 6 millions d’heures de travail sur le plan national.
Quels sont les changements, depuis 20 ans, en matière de formation à la sécurité routière à destination des entreprises ?
Dans le secteur de la sécurité routière, les évolutions sont à observer du côté des entreprises. Elles ont pris conscience de l’ampleur du fléau des accidents de travail sur la route et se sentent investis d’un devoir de formation et sensibilisation.
L’obligation de la création du document unique en 2001 suivi d’une évolution des mentalités avec la mise en application des politiques de RSE ont entrainé une prise de conscience de la responsabilité des employeurs face au risque routier. Ce risque concerne toutes les entreprises, peu importe leur taille ou leur typologie sectorielle. Ainsi, même sans avoir de flotte automobile, la société est concernée via les trajets domicile / travail. Il s’agit d’un problème universel qui touche le collectif.
Chaque dirigeant se doit donc de répondre à ce risque. Sans surprise, la formation se révèle être le meilleur moyen pour atteindre cet objectif.
Qu’est-ce qu’une formation à l’écoconduite ? En quoi est-ce pertinent ?
Suivre une formation écoresponsable permet de positionner le conducteur en situation réelle par rapport à son impact »carburant », de comparer et d’analyser la progression de sa consommation et émission de CO2. Elle permet en moyenne une diminution de 10 à 15 % de ses émissions de CO2 et par ricochet une baisse identique des coûts de carburant.
Cette formation a aussi pour vocation de démocratiser l’utilisation de véhicules moins polluants comme les véhicules hybrides et électriques. C’est une formation fortement plébiscitée par les entreprises car elle s’intègre, elle aussi, dans leurs enjeux de RSE et permet d’alimenter la gestion des risques dans leur document unique.
Dans le contexte actuel, l’enjeu budgétaire est plus que jamais un argument fort pour proposer à ses salariés ce type de formation.
Par Patrice Roussel, fondateur et PDG d’Extrême Sécurité
1 Source Assurance Maladie – 2017 : www.assurance-maladie.ameli.fr/presse/2017-09-14-accidents